Interviews

A l'issue du séminaire STG, plusieurs interviews d'intervenants ou de participants ont été réalisées.

Gestion des systèmes d'information

 Interview de Bernard QUINIO
 

Bernard Quinio, vous êtes maître de conférence en Système d'Information à l'université de Paris XIII, membre du GEPS, vous participez activement à ce séminaire. Selon vous, quel est le point le plus important de cette réforme en informatique de gestion ?

L'introduction de la notion de système d'information dans l'enseignement.

C'est une approche nouvelle et c'est aussi la meilleure façon de relier la gestion et l'informatique dans un cadre conceptuel fort et solide.

Il faut faire acquérir aux élèves de STG ce savoir en ayant des ambitions précises et limitées. La conception d'un système d'information ne sera pas abordée au niveau des classes de 1ère et terminale. Les élèves analyseront les SI uniquement à travers leurs évolutions (modifications des moyens techniques et des méthodes de travail).

Par cet enseignement, quel message fort souhaitez-vous que les enseignants transmettent à leurs futurs élèves de GSI (gestion des systèmes d'information) ?

Les enseignants doivent bien intégrer l'utilisation de l'informatique dans le cadre de l'organisation et prendre en compte ses impacts. L'informatique est au service de l'organisation : elle répond à ses besoins et elle n'est pas une finalité en soi.

Comment les enseignants peuvent-ils motiver leurs élèves pour cette matière ?

Ils doivent montrer que les technologies, dont les élèves qui s'engagent en STT aujourd'hui et demain en STG ont le goût, sont indispensables pour satisfaire les besoins de gestion des organisations. Ils doivent convaincre les jeunes que cette série associe des savoirs portant sur les technologies, l'organisation et les hommes et que dans les apprentissages proposés on leur demandera d'agir dans ces différents domaines.

Je rajouterai aussi deux conseils :

  • avoir une logique inductive : partir du terrain, du concret pour faire comprendre aux élèves les divers cas possibles et les mettre en situation d'acteurs,
  • toujours relier l'enseignement de l'informatique à des objectifs (quelle est la finalité du traitement ?).

Quel changement cette réforme induit-elle en matière de poursuite d'études ?

Avec cette réforme, le bac STG ouvrira beaucoup plus de portes dans l'enseignement supérieur, en IUT par exemple. Par cette voie les enseignants doivent donner à leurs élèves le bagage nécessaire pour arriver jusqu'au niveau licence. Cette réforme permet de donner plus d'atouts aux élèves pour une réussite au niveau Bac + 3.

En conclusion, comment pouvez-vous définir ce programme d'informatique de gestion en une phrase ?

Une informatique au service des utilisateurs et de l'organisation et un enseignement pour préparer un baccalauréat ouvert sur les nombreuses études supérieures dans le domaine des SI.

Bernard Quinio, vous êtes un membre actif de l'AIM (Association Information et Management), responsable du comité de diffusion de la revue SIM (Systèmes d'Information et Management). Cette association et sa revue sont-elles ouvertes aux enseignants de la future terminale GSI ?

Laissez-moi vous présenter en quelques mots l'AIM et la revue SIM.

L'Association Information et Management (AIM), fondée en 1991, regroupe des enseignants, des chercheurs et des professionnels, spécialistes des systèmes d'information. Sa vocation consiste à favoriser les débats sur ce champ disciplinaire au sein de la communauté francophone. Elle constitue ainsi un lieu d'échanges pour tous ceux qui enseignent, conçoivent, réalisent et mettent en œuvre les systèmes d'information (http://www.aim.asso.fr/)

La revue SIM (Systèmes d'Information et Management) est une revue à caractère scientifique portant sur les systèmes d'information abordés selon la perspective des sciences de gestion (http://revuesim.free.fr/)

Il me semble que l'AIM, via les journées pédagogiques, les formations et les congrès qu'elle organise, peut être un lieu d'échange entre les enseignants du secondaire et ceux du supérieur. Je soutiendrai cette ouverture auprès de mes collègues de l'AIM.

Interview de Daniel Le Rouzic

Daniel Le Rouzic, vous êtes professeur au lycée Paul Langevin à Suresnes, formateur académique, membre du GEPS.

Après ces deux premières journées de séminaire, pouvez-vous nous donner vos impressions sur l'enseignement de l'informatique de gestion ?

Le programme d'informatique en 1ère dans les deux spécialités me semble cohérent : en « Information et communication », on étudie les réseaux et les TIC et en « Information et gestion », on introduit le modèle relationnel. C'est un excellent biais pour aborder les SI dans les organisations. Grâce à la dépendance fonctionnelle, les élèves peuvent comprendre comment on construit les bases de données. En 1ère « gestion », l'étude du diagramme des flux permet aux élèves d'appréhender le fonctionnement des organisations. Et puis l'introduction du langage SQL qui est un outil universel d'interrogation des bases de données est un excellent outil de formalisation et de rigueur pour les élèves.

En terminale GSI, l'introduction des processus est là encore un très bon outil pour mettre en valeur les traitements dans une organisation mais aussi ses éventuels dysfonctionnements. Le programme de GSI initie les élèves à l'observation des évolutions possibles et nécessaires du système d'information dans les organisations ainsi qu'au choix des outils à mettre en œuvre pour le faire évoluer.

L'étude des systèmes d'information en STG est une nouveauté. Comment peut-on justifier cette innovation ?

La sensibilisation des élèves à l'enseignement des SI est fondamentale. L'être moderne vit dans des systèmes d'information. Il faut donc sensibiliser les élèves à cette réalité le plus tôt possible. Si le caractère abstrait des SI est indéniable, il est très facile de trouver dans la vie des organisations de nombreux exemples très concrets. Le SI d'un lycée est un bon dispositif pour montrer cette dimension concrète (le traitement des notes et des absences, l'organisation des conseils de classe, etc.). On peut aussi proposer pour les différentes parties du programme d'autres exemples dans les entreprises ou les associations et utiliser les applications réalisées à partir de cas réels que le Réseau CERTA met à disposition des enseignants sur son site Internet http://www.reseaucerta.org/. Par ailleurs, cette approche concrète est motivante pour nos élèves.

En 1ère, sept heures sont allouées à l'enseignement de l'algorithmique. Quel savoir dans ce domaine peut-on transmettre dans un temps aussi court ?

A première vue, sept heures, c'est vraiment peu pour développer toutes les dimensions de l'algorithmique mais l'objectif du programme, c'est sensibiliser nos élèves aux algorithmes qu'ils doivent repérer. En fait, ces sept heures doivent être mises en perspective avec le travail d'algorithmique et de développement qui sera réalisé en terminale. Et comme je le disais précédemment, les programmes d'informatique constituent un environnement important pour nos contemporains : il est donc nécessaire de sensibiliser nos élèves à cette logique.

En terminale GSI, l'enseignement des parties A, B et C est-il du ressort du même enseignant, professeur d'informatique de gestion ?

Le programme de GSI ne doit pas être abordé de façon linéaire mais progressivement dans des contextes d'organisations réelles. Trois situations contextuelles sont prévues : individuelles, intra-organisationnelles et extra-organisationnelles. Au travers de ces trois situations, on abordera simultanément des notions des parties A, B et C. Des ressources seront proposées sur le site du Réseau CERTA pour aider les enseignants à traiter ces notions dans les contextes organisationnels indiqués et puis, un dispositif de formation académique est mis en place.

Vous êtes formateur académique et vous avez déjà animé quelques stages de formation dans le cadre de la mise en place de la série STG en septembre 2005. Comment les enseignants perçoivent-ils l'évolution du programme d'informatique de gestion ?

J'ai effectivement commencé à animer des stages de formation dans l'académie de Versailles. Les collègues arrivent aux stages avec de très nombreuses questions qui traduisent leurs inquiétudes mais, à la fin des journées de formations, ils repartent sécurisés car ils perçoivent la logique des nos programmes.

Comptabilité et finance d'entreprise
 

Interview de Patrick Mykita

Bonjour Patrick Mykita, vous êtes professeur en classe préparatoire DECF au lycée Maximilien Sorre à Cachan (94). Vous êtes membre du GEPS dans la commission comptabilité et finance d'entreprise. Merci d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions du Comité Editorial du site national Economie-Gestion.


Pouvez-vous nous donner vos impressions sur les grandes nouveautés des enseignements en comptabilité et finance d'entreprise ?

Les programmes abordant la comptabilité et la gestion de l'entreprise, à savoir Information et gestion en classe de première (dans les deux séries) et Comptabilité et finance d'entreprise en classe de terminale cherchent à répondre aux nouvelles exigences de la série, à savoir favoriser la poursuite des études après le baccalauréat. L'objectif fondamental est donc l'appropriation par le futur bachelier Sciences et technologies de la gestion (STG) de notions et de mécanismes essentiels à sa poursuite d'études. Un recentrage sur une certaine "essentialité" a été réalisé en éliminant l'étude de notions susceptibles d'être vues plus tard dans le cursus de formation et des cas particuliers trop techniques. Quelques exemples extraits du programme de première (spécialité gestion) permettent d'illustrer cette idée : les effets de commerce ne sont plus étudiés, l'étude des emprunts est simplifiée, l'étude du seuil de rentabilité est reportée en classe de terminale. En terminale, par exemple, on peut citer l'abandon de l'étude de la liquidation de l'impôt sur les sociétés, du tableau de financement, ou encore du choix des investissements ou du plan de financement.

Il est important de rappeler que les nouveaux programmes ne sont plus écrits sous forme de compétences à acquérir mais de notions et de contenus à construire.

Le programme d'Information et gestion de la classe de première permet une approche novatrice de la comptabilité avec la volonté marquée d'expliquer d'abord le fonctionnement de l'entreprise (ce qu'elle fait) et ses principales activités avant d'en présenter la moindre traduction comptable.

La classe de terminale constitue une suite logique. L'élève se spécialise mais son esprit critique est sollicité de façon permanente et un certain recul par rapport à la technique comptable est recherché. L'aspect opérationnel est souvent absent du programme car le postulat est clair : l'élève doit devenir un étudiant qui se formera aux exigences professionnelles après son baccalauréat STG. Le programme de terminale s'appuie fortement sur les acquis de la classe de première. Certaines notions seront forcément complétées mais d'autres ne seront pas reprises en tant que telles. Par exemple, en comptabilité de gestion, le modèle des centres d'analyse est étudiée uniquement dans la classe de première ce qui constitue en soi une nouveauté. Cela contribue à renforcer l'organisation de la formation sur les deux années : première et terminale.

Enfin, le programme présente le cadre de référence de la comptabilité et plus généralement la nécessité et les enjeux de la normalisation. Les principes comptables sont largement étudiés et l'élève doit être capable d'y faire appel pour justifier un enregistrement. Cela constitue sans aucun doute une nouveauté au regard du programme actuel. L'élève doit comprendre les impacts de la réglementation comptable et accepter son caractère évolutif. Sur le contenu, les exemples sont nombreux mais l'un des plus significatifs concerne la notion d'amortissement d'un actif, dans son calcul comme dans sa définition. Au-delà de l'aspect pédagogique et de la façon d'enseigner cette spécialité, c'est toute la comptabilité qui est en train d'évoluer fortement.

Quelle est la logique d'organisation du programme de comptabilité? Comment le professeur peut il transmettre cette logique aux élèves ?

Le programme de première privilégie l'élaboration et l'interprétation de l'information comptable. En particulier, en fin de première, l'élève doit avoir compris comment les documents de synthèse sont élaborés et quel est leur sens. Le programme de terminale, même s'il approfondit certains points liés à l'élaboration de l'information comptable, privilégie l'analyse de l'information comptable et financière.

Il s'agit de donner du sens aux connaissances comptables. Ainsi, dès la classe de première, il faut insister sur la réalisation de commentaires qui nécessitent un travail préalable d'analyse et de réflexion et préparent à la classe de terminale. Le programme de terminale permet de répondre aux questions suivantes :

  • Comment la comptabilité est-elle organisée ? (la fonction comptable, l'importance de la normalisation, la contingence de la comptabilité de gestion, le rôle de l'informatique) ;
  • Comment s'élabore l'information financière ? (les opérations courantes organisées autour des partenaires concernés et les travaux d'inventaire légitimés par les principes comptables) ;
  • Comment s'organise l'informatisation des systèmes comptables ?
  • Comment s'analyse l'information financière et de gestion ? (interprétation des états financiers, analyse des charges, prévision du résultat et de la trésorerie).

Au-delà de la technique (qui demain peut s'avérer partiellement ou totalement erronée) c'est le raisonnement qui reste fondamental, la compréhension des notions et des principes fondamentaux. La réflexion chez l'élève doit être sollicitée en permanence. C'est sans doute un point fondamental pour la transmission de ces connaissances.

Dans le document s'intitulant « Les principes de la réforme », Alain BURLAUD, Président du GEPS, et Jacques SARAF, Doyen de l'inspection générale d'Économie et gestion, explicitent la différence entre technique et technologie : « Dans le premier cas, celui de la technique, il s'agit d'une perspective purement instrumentale (par exemple, comment tenir effectivement les comptes d'une entreprise) alors que dans le second cas, la perspective devient scientifique (par exemple, exposer la théorie qui explique et donne une cohérence aux pratiques comptables) ». Cette idée résume assez bien l'approche didactique qui est souhaitée.

Enfin, certains outils pédagogiques préconisés sont relativement novateurs dans l'enseignement de la comptabilité. On peut penser, par exemple, à la recherche documentaire, à la visite d'une entreprise, à l'entretien avec un professionnel ou encore à l'utilisation de l'internet.

Quelles sont les principales nouveautés de ces programmes ?

Dans le programme d'Information et gestion de la classe de première, spécialité gestion :

  • l'entreprise et son fonctionnement, partie introductive fondamentale, dont l'objet est de fournir aux élèves une représentation du fonctionnement de l'entreprise par l'étude de ses activités ; cette partie de 30 heures est indispensable pour une bonne compréhension de la suite du programme ;
  • l'introduction du modèle relationnel et de l'étude de la base de données ;
  • la présentation des finalités et des utilisateurs de l'information comptable (information financière et de gestion) et la place accordée à l'organisation de la comptabilité de l'entreprise.

Dans le programme d'Information et gestion de la classe de première, spécialité communication :

  • l'entreprise et son fonctionnement, partie introductive fondamentale (20 heures dans la spécialité communication) ;
  • l'introduction du modèle relationnel et de l'étude de la base de données (il s'agit d'un tronc commun aux deux spécialités) ;
  • la présentation des finalités et des utilisateurs de l'information comptable (information financière et de gestion).

Dans le programme de Comptabilité et finance d'entreprise de la classe de terminale :

  • la prise en compte de l'évolution de la réglementation comptable (l'importance de la normalisation internationale, l'évolution de certaines notions, amortissement linéaire ou non linéaire, par exemple) ;
  • une vision globale et opérationnelle du système d'information comptable informatisé ;
  • l'étude plus approfondie du modèle relationnel et l'abandon de l'étude de l'approche conceptuelle des données ;
  • la distinction entre profitabilité et rentabilité ;
  • l'analyse de la rentabilité ;
  • l'abandon de l'étude du tableau de financement ;
  • en comptabilité de gestion, l'étude est limitée à l'approche par la variabilité des charges (le modèle des centres d'analyse ayant été traité en classe de première) ;
  • l'abandon de l'imputation rationnelle des charges de structure ;
  • l'abandon du choix des investissements et du plan de financement ;
  • en matière de prévisions, le centrage sur le budget de trésorerie ;
  • la réalisation d'un compte de résultat d'exploitation prévisionnel éventuellement présenté par destination.

Quelle est la place des TIC dans le programme de comptabilité et finance ?

Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont omniprésentes dans la formation du futur bachelier STG et en particulier en comptabilité et finance d'entreprise. L'informatique a profondément modifié les métiers de la comptabilité et l'enseignement dispensé lui accorde logiquement une place privilégiée en tant qu'objet d'étude et en tant qu'outil opérationnel. L'élève doit produire des informations, les analyser et les communiquer.

Le programme de terminale prévoit notamment une approche de l'environnement réseau afin de préparer l'élève aux spécificités d'une telle organisation. Sans rechercher une maîtrise parfaite, l'élève doit être capable de comprendre les enjeux et les solutions proposées.

D'une façon générale, l'élève doit appréhender la logique de traitement de l'information. Plus que l'enseignement de connaissances pointues, il s'agit de rendre l'élève autonome dans son comportement avec l'ordinateur. Les logiciels « traditionnels » (en particulier le tableur, le gestionnaire de base de données et le progiciel de comptabilité) sont étudiés en travaux dirigés dans le cadre d'applications du cours. Ils doivent favoriser l'esprit d'organisation de l'élève et lui permettre d'appréhender autrement certains problèmes de gestion, de faire des simulations et des analyses de gestion, de communiquer les résultats par écrit et oralement …

Dès la classe de première, l'élève utilise l'internet pour des recherches documentaires et en particulier pour comprendre le fonctionnement d'une entreprise (visite de sites dédiés, par exemple) mais aussi pour visualiser les textes comptables de référence (notions d'actif, de passif, de produit ou de charge, par exemple) et leurs évolutions. La recherche documentaire est une activité à privilégier, en particulier parce qu'elle prépare à la poursuite d'études, mais une utilisation rationnelle d'internet est recommandée.

L'informatique de gestion est expressément étudiée dans la partie 3 du programme de terminale mais elle doit aussi être vue, comme en classe de première, comme un outil au service de la gestion et donc être mobilisée dans toutes les parties du programme. Le champ d'étude doit être en relation avec la gestion. Ce sont les systèmes d'informations comptables qui sont étudiés. Ainsi, les bases de données doivent concerner la gestion (informations comptables ou de gestion, coûts, budgets, ...).

Mercatique (marketing)

Interview de Ugo BRASSART

Bonjour Ugo Brassart, vous êtes professeur au lycée JB Corot à Savigny sur Orge. Vous êtes membre du GEPS dans la commission mercatique. Merci d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions du Comité Editorial du site national Economie-Gestion.

Quelles sont les grandes nouveautés du programme ?

Le nom lui-même est une nouveauté. Il concrétise, au niveau de l'enseignement secondaire, l'évolution de la discipline et de son enseignement. Le commercial et le « marketing » ont d'abord été des ensembles de techniques et de méthodes, enseignés en tant que tel. Le « marketing » n'est devenu « objet » universitaire et enseignement que récemment, dans les années 50. La filière commerciale dans l'enseignement secondaire a suivi une évolution analogue.

A l'origine, l'enseignement « commercial » était centré sur la maîtrise des outils et des méthodes (les « techniques commerciales » en TG3) permettant une bonne insertion professionnelle. La rénovation de 1992 a donné à la terminale Action et Communication Commerciales un positionnement « ambigu », entre insertion professionnelle et poursuite d'étude. Certains « contenus - compétences » restaient marqués par une approche « professionnelle  » des contenus. La terminale mercatique aborde la discipline comme une science et comme le moyen de donner aux élèves les « armes » qui leur permettront de poursuivre des études supérieures avec succès. Par exemple, il s'agit de travailler les « bases de l'argumentation commerciale », qu'elle soit médiatisée ou mise en œuvre dans le cadre d'un contact et non plus « l'entretien d'achat - vente » avec une optique principalement instrumentale. Le terme « marketing » est symbolique de l'évolution des techniques marchandes (le « commercial ») vers une « science de la médiation marchande ».

En terme de contenu, les notions intégrées dans le programme ont fait l'objet d'une actualisation (prise en compte de l'état des réflexions dans les domaines universitaires et professionnels) et d'une sélection (choix en fonction de l'importance des notions à faire acquérir pour une première approche de la discipline). Cela se traduit par de nombreuses nouveautés dans le programme. Toutes ne peuvent être citées ici et je me limiterai à quelques exemples :

  • l'abandon de l'approche du « marketing mix » à travers quatre variables opérationnelles (les « 4P » proposés par Mc Carthy dans son ouvrage « Basic marketing, a managerial approach » publié en 1960) au profit d'une approche retenant trois variables : l'offre, la communication, la distribution ;
  • la promotion des ventes n'est plus considérée comme un moyen de communication (approche liée aux budgets de communication des lessiviers dans les années 60) mais comme une modification temporaire de l'offre ;
  • l'étude de la perception de la valeur de l'offre et des facteurs explicatifs du comportement du consommateur.

Une autre orientation importante du programme est d'avoir abandonné les approches de caractère « typologie descriptive » (ex. : les formes de commerce) pour aborder les notions à travers des problématiques de gestion (ex. : pour telle offre spécifique, quels sont les moyens de distribution utilisés ? Quelles sont leurs caractéristiques ?).


Quelle est la logique d'organisation du programme ?

La structure générale est représentative de la démarche mercatique : de l'analyse à l'action sur le marché. La première partie est consacrée à une présentation générale de la mercatique. La seconde partie est centrée sur l'analyse du marché. Les trois parties suivantes sont consacrées aux trois dimensions opérationnelles principales (offre, communication, distribution). Enfin, la dernière partie apparaît comme un double bouclage interne et externe. Interne : évaluation de l'efficacité des actions sur le marché. Externe : la mercatique étant abordée comme une démarche et des méthodes visant à influencer les conditions de l'échange (première partie), il est important d'envisager la nature des contre-pouvoirs possibles au sein de la société civile. Le choix de verbes d'action pour les titres des parties est destiné à mettre en valeur le caractère dynamique de la démarche mercatique : analyser, définir, communiquer, distribuer, contrôler.

Y a-t-il une préconisation de progression pédagogique ?

La progression pédagogique doit évidemment suivre que je viens de décrire. Dans le domaine des variables opérationnelles, il est cependant envisageable d'intervertir les parties 4 et 5 (communiquer et distribuer).

L'aspect « linéaire » de la structure du programme ne doit cependant pas masquer que certaines notions sont à étudier en association avec d'autres. La 6ième partie est à aborder de façon transversale par rapport aux autres. Utiliser et interpréter des indicateurs de performance (contrôle interne) est en effet à intégrer dans les autres parties (ex. : évaluation de l'efficacité d'une campagne de communication sur le chiffre d'affaires). La même approche est à retenir pour les notions relatives au contrôle externe (ex. : aspects éthiques ou juridiques abordés lors de l'étude de la segmentation par exploitation des bases de données, de l'analyse de la conception de l'offre ou de la communication personnalisée…).

C'est aussi vrai pour des notions telles que la place de la mercatique dans l'histoire du commerce, la dimension internationale de la mercatique. Par exemple, plutôt que de faire, en début d'année, un cours (t !) résumé de l'histoire du commerce, il est préférable de proposer aux élèves des mises en perspective historiques en introduction (ou en conclusion !) d'autres notions (ex. : publicité médias, distribution).

Quelle est la place des TIC dans ce programme ?

Je viens de souligner le caractère transversal d'un certain nombre de notions. Les TIC (et la comptabilité de gestion) ont, à l'évidence ce caractère ! Intégrer les TIC devrait devenir un « réflexe culturel » pour les enseignants de mercatique.

De façon générale, en effet, l'informatique est un complément indispensable et incontournable de la mercatique. Les ressources informatiques sont indispensables aussi bien pour « analyser » que pour « agir ». Dans cette optique, les points de programme où le lien avec l'informatique est possible (et pédagogiquement très utile) sont nombreux : système d'information mercatique, analyse de la demande (segmentation), veille mercatique et commerciale, communication relationnelle…

Sur le plan pédagogique, il faut s'appuyer sur les notions abordées en première pour les contextualiser par rapport à des problèmes mercatiques. Ainsi, sur le plan conceptuel, les notions sur les systèmes d'information et les bases de données constituent un socle permettant de mieux comprendre celles de système d'information mercatique et de mercatique relationnelle. Sur le plan plus « instrumental », il est possible de différencier trois familles de ressources logicielles en fonction de leur intérêt pédagogique pour des applications, des projets ou des études : les instruments de base (texteur, tableur), les instruments de communication (PréAO, navigateur, messagerie), les instruments d'analyse (conception et dépouillement d'enquête, SGBDR). Par exemple, l'utilisation d'un SGBDR permet de mieux comprendre l'intérêt et la mise en œuvre de la segmentation et du ciblage.

Le programme de mercatique en terminale s'appuie donc fortement sur les connaissances acquises en première ?

Bien sur, l'enseignement de la mercatique ne se fait pas en une seule année… Prendre en compte les notions abordées en première est indispensable ! Par nature le « marketing » n'est pas monodisciplinaire mais multiple. Il intègre des notions, des méthodes… issues d'autres disciplines telles que la psychologie sociale, les mathématiques et les statistiques, la sociologie, la comptabilité de gestion… Cette caractéristique de la discipline implique que les enseignants de « mercatique » n'oublient pas que leur enseignement s'inscrit dans une filière « communication ». Toutes les notions abordées en « information et communication » constituent des pré-requis essentiels pour la terminale mercatique : le comportement des individus (lien avec l'étude du comportement du consommateur), la communication (liens avec la communication de l'offre), l'information (liens avec l'analyse du marché), etc. De même, les notions étudiées en « information et gestion » sont essentielles pour la terminale mercatique, tout particulièrement celles relatives au système d'information, aux bases de données et à l'information de gestion. Il n'est pas envisageable d'aborder la mercatique sans intégrer fréquemment l'informatique et la comptabilité de gestion.