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Réunion des interlocuteurs académiques à Paris - 17 et 18 janvier 2012

Réunion des interlocuteurs académiques à Paris - 17 et 18 janvier 2012

Mardi 17 janvier 2012

Les TICE : un support et un levier d'action dans les académies par Alain Séré, Inspecteur général de l’Éducation nationale

Notre système éducatif est sous tension. Convoqué à des inflexions importantes de la prise en charge des élèves par la réforme des lycées, confronté aux défis de l'inscription et de la réussite dans l'enseignement supérieur de 50% d'une génération, il subit dans le même temps, les pressions de la contrainte budgétaire.

 

 

On voit clairement émerger une école qui, pour emprunter aux propos d'Alain Bentolila, doit cesser d'être « complaisante et cruelle » pour devenir « exigeante et généreuse ». Le renforcement de la prise en charge des élèves par la personnalisation des parcours et leur accompagnement, vont infléchir les pratiques des enseignants qui ne sont pas tous prêts à le faire. L'enseignement technologique et professionnel, et cela fait partie de ses caractéristiques, a souvent été pionnier en la matière, sa capacité à conduire à la réussite des élèves que l'on n'a pas suffisamment encadrés dans leurs parcours scolaires antérieurs est avérée. Mais aujourd'hui, il faut aller plus loin, susciter et armer l'ambition des élèves et leur donner les moyens d'acquérir des compétences durables, transférables, y compris dans les poursuites d'études incluses ou différées dans le temps scolaire.

 

Dans les établissements, les nouvelles modalités de suivi du travail et des acquis des élèves, le besoin permanent de formation, d’informations, de ressources et d’outils suscitent une forte attente en matière de maîtrise de l’information et de la communication professionnelles et pédagogiques. Pour l’Économie-gestion, c'est une composante disciplinaire essentielle, aussi bien du point de vue des technologies que du point de vue des questions managériales.

 

On ne peut s'empêcher de relever un décalage important entre ce qui se passe au sein de l’école (fermeture, échanges très limités) et ce qui se passe dans le monde extérieur à l'école (ouverture, communications faciles, voire permanentes…). Bien sûr, l'école n'est pas seulement un moment particulier dans la vie d'un adolescent, mais devrait être aussi un espace et une source de relations sociales où l'on apprend aussi à « être » et à agir avec le numérique. D’où l'importance, par exemple, de la mise en place des ENT (espaces numériques de travail) et le soin à apporter à l'accompagnement des collègues dans l'intégration des ENT dans les différents « métiers » et les rôles des acteurs de l'école.

 

L'innovation et l'expérimentation sont des leviers pour agir et réussir dans un cadre professionnel qui se recompose, presque en temps réel. Cela s'applique évidemment aussi aux usages du numérique.

 

Sur ces aspects stratégiques, en tant qu'interlocuteurs de la discipline, vous avez des responsabilités à assumer.

La place et le rôle des interlocuteurs en économie-gestion

 

Tout d'abord une première réaction au tour de table des interlocuteurs TICE en Économie-gestion : la mission « d'interlocuteur » ne doit pas se confondre avec celle de webmestre de l’espace pédagogique académique. Il s'agit de deux missions distinctes, dont les finalités et les modalités -et sans doute aussi les compétences requises- sont bien différentes. Certes, l'interlocuteur peut contribuer (devrait contribuer) à l'animation du site disciplinaire académique, mais son rôle principal est ailleurs. J'ajoute que le cumul des deux missions est certainement difficile.

 

Pour moi, l’interlocuteur TICE dans notre discipline, est avant tout un animateur, un passeur d’idées, d’expériences, de pratiques. Son expertise, il la tient de la connaissance des usages pédagogiques du numérique dans les différents champs des enseignements d’Économie-gestion. Sa crédibilité se construit dans sa capacité à propager les expériences, les projets afin d'être un vecteur de développement d'usages. Son efficacité se mesure à la persistance d'un dialogue avec les enseignants dans les établissements, dans leurs classes, dans leurs propres projets individuels ou collectifs.

 

L'interlocuteur est celui des inspecteurs pédagogiques, IA-IPR et IEN et aussi, bien entendu, du CTICE de l'académie. Il est l'inspirateur d'un projet d'animation académique sur et avec les TICE pour les enseignements de la discipline.

 

Son rôle primordial est celui d’animateur. Il s'agit de donner corps à la mission, de veiller à sa visibilité et de travailler sa communication en relation avec les différents partenaires (autres interlocuteurs, formateurs, réseau Scéren-CRDP, éditeurs…).

 

Il doit s'imposer, peu à peu, comme un « pôle ressources », avoir un annuaire d’adresses très bien fourni, travailler sur les outils de communication, aider les professeurs à trouver l’information auprès des acteurs compétents.

 

Il organise et met en place des animations dans les lycées, il présente lui-même ou fait intervenir un invité sur une expérience, une ressource. Il créé des événements de rencontres en ligne, il permet d'ouvrir l’imagination des collègues afin qu’ils expérimentent eux-mêmes. Il accompagne et guide la mise en place d'expérimentations et d'innovations. Par ses pratiques d'animation, il est lui-même un « passeur de passages ».

 

Il bénéficie de l'appui incomparable du réseau national des interlocuteurs de la discipline, du soutien des six grands réseaux de ressources (CERTA, CRCOM, CRCF, CRM, CERPEG, HR) et enfin de l'animation nationale très efficace (merci à Gaëlle, Christophe et Vincent) de nos correspondants à la DGESCO.

 

Un mot encore, pour insister sur le potentiel que représente toutes les ressources de ce réseau : il est considérable et, du coup, il autorise bien des ambitions car notre discipline est, en tant que telle, présente sur tous les grands sujets : flux d'informations, réseaux sociaux, travail collaboratif, problématiques économiques, juridiques, managériales...

La nouvelle série STMG : enjeux et ambition

 

Six ans après avoir réformé en profondeur nos programmes dans la série STG, nous accomplissons aujourd'hui un pas de plus par le lancement de la série STMG qui s'inscrit pleinement dans les grandes orientations de la réforme du lycée.

 

Le management qui traite des causes et des effets de la gestion dans les organisations, connaît un formidable développement aussi bien dans les pratiques que dans l'enseignement secondaire et surtout supérieur. Il apparaît comme un champ académique structurant et c’est le sens de l'introduction du « M  »dans la dénomination de la série STMG. Le management intègre aujourd'hui une dimension critique appelée par certains dérives « managériales », sur lesquelles il convient d'ouvrir un enseignement à vocation technologique qui ne peut rester un enseignement de techniques ou de procédures.

 

Quand, par exemple, nous allons enseigner avec les PGI, avec les applications de simulation, nous aurons le souci d'en montrer l’impact sur les acteurs, mais aussi sur la production de l'information et son utilisation.

 

Nous assumons le basculement d’une approche à finalités plutôt techniques vers une approche davantage orientée vers les sciences sociales (changement de portée et d’ambition). C'est une ambition forte, sans doute déstabilisante pour certains enseignants : moins de technique, plus de sens…

 

Comment amener les enseignants à avoir le recul qui leur manque parfois ?

 

La question de l'introduction du réel des organisations dans la salle de classe est un vrai problème. Nous ne pouvons pas promouvoir un enseignement de sciences de gestion basé sur l'abstraction ou fonctionnant seulement à partir de situations externes et inertes, aussi bien pour l'enseignement technologique que pour l'enseignement professionnel.

 

C'est en cela que les ressources numériques sont incontournables et qu'il convient d'en accompagner les usages : qu'il s'agisse de faire intervenir « à distance » de véritables acteurs d'organisations, d'entreprises, qui présentent leurs structures, leurs activités, avec lesquels les élèves peuvent dialoguer, en direct ou en différé, qu'il s'agisse encore de systématiser le recours aux jeux sérieux afin de créer des situations crédibles d'interactivité entre les élèves joueurs-apprenants, qu'il s'agisse enfin de prendre appui sur un PGI pour appréhender le système d'information d'une organisation réelle, son adaptation, ses limites...

 

Très concrètement, ce sont ces mutations vers lesquelles vous allez devoir accompagner les professeurs d’Économie-gestion.

 

L'enseignement des sciences de gestion en 1ère STMG

 

Avec la réforme, les deux options de 1ère STG disparaissent au profit d'une seule classe de 1ère comportant un enseignement commun de sciences de gestion confié à un seul enseignant.

 

Passer de STG à STMG, c’est changer d’esprit, de vision, aller vers une discipline tournée vers le sens, les effets, les impacts, plutôt que vers les outils et les procédures. C'est aussi introduire avec l'enseignement unique des sciences de gestion en 1ère, un socle commun qui permettra de choisir sa spécialité en terminale.

 

Un mot sur la spécialité SIG (système d'information de gestion) pour souligner que le programme de terminale a été repris, simplifié sur les aspects plus techniques et enrichis sur les dimensions sociétales ou organisationnelles. Il conserve les parties appréciées des élèves (programmation web, bases de données) et s'enrichit de parties plus actuelles (syndication, référencement, réseaux sociaux, etc.). L'objectif est d'élargir l'audience de cette spécialité qui ouvre sur de larges poursuites d'études dans un secteur où les débouchés professionnels sont abondants et attractifs.

 

Dès la classe de 1ère, la démarche technologique est privilégiée : l'observation, l'analyse, l'interprétation. Ce sont les trois éléments qui doivent être généralisés, ensuite vient l'expérimentation. Derrière chacune de ces étapes, il y a le numérique.

 

Le programme comporte cinq thèmes qui correspondent pour l’essentiel aux préoccupations des sciences de gestion : de l'individu à l'acteur, information et intelligence collective, gestion et création de valeur, évaluation et performance, temps et risque.

 

L'approche demeure technologique, donc appelle un enseignement basé sur la mise en activité. Chacun de ces thèmes est abordé au travers de deux ou trois questions de gestion. L'objectif est d'amener l’élève à entrer dans le problème par le sens, à élaborer des réponses, et la question sert de fil rouge.

 

Même si le thème 2 semble être celui qui aborde le plus directement les éléments liés au numérique, les autres thèmes les abordent aussi dans leurs contenus ou leur mise en œuvre.

 

Tous les programmes sont disponibles sur le site eduscol.education.fr

http://eduscol.education.fr/ecogest/enseignements/STMG

 

En conclusion

 

L'accompagnement de la mise en œuvre des rénovations, celle de la voie technologique comme celle de la voie professionnelle (voir l'intervention de Didier Michel) est l'une de vos missions

prioritaires.

 

Aux côtés des formateurs académiques et en lien avec les réseaux de ressources, vous devez faciliter, donner des pistes, relayer les bonnes pratiques et surtout rassurer car, par exemple, l'introduction de l'enseignement unique de sciences de gestion, suscite des inquiétudes chez des collègues qui redoutent de sortir du périmètre de leur spécialité.

 

L'essentiel de votre mission est de donner le goût, l’envie et de contribuer aux moyens qui permettront aux enseignants de s'approprier de nouveaux usages, d'expérimenter et d'innover car c'est la qualité de l'engagement professionnel des professeurs d’Économie-gestion qui fera la réussite des rénovations engagées.