Pratiques collaboratives

8. Le cas des encyclopédies collaboratives

Préambule : des points de vue contrastés

Éléments de réflexion

Internet ou le rêve encyclopédique du 21e siècle
Évelyne Rogue
"L’internet tisse entre tous les êtres humains une cotte hypermédiatique susceptible – à terme – de conduire au-delà de lui-même, et de lui donner par la suite une portée inédite. Réitération, en somme, de l’exploit effectué par l’écrit, puis par l’imprimerie, mais à une échelle tout autre dont la finalité n’en semble pas moins proche du projet encyclopédique. Apparaît immédiatement l’idée d’une totalisation du savoir, mais également le caractère irréaliste d’une telle ambition. Autrement dit, l’encyclopédie serait condamnée à n’être qu’un projet, et à le rester par définition. Cependant, puisque ce projet existe réellement, c’est non seulement la question de sa signification, mais aussi celle de sa finalité qui se posent. Pourquoi des hommes se sont-ils efforcés de construire ce "grand œuvre" durant des vies entières ? Le wiki serait-il l’avenir de l’encyclopédie ? "

L'Infobourg, 12/02/2009

La pire des options?
Stéphane Baillargeon
"Quelle encyclopédie francophone libre en ligne faut-il choisir? L'Agora ou Wikipédia? La sélection ou l'inclusion des sujets? La contribution de tous ou celle des savants?
Produite au Québec, L'Agora fut rien de moins que la première encyclopédie virtuelle en langue française. Le créateur de cette encyclopédie aujourd'hui déclassée, Jacques Dufresne, s'interroge sur le rouleur-compresseur culturel que représente Wikipédia. [...]
"J'apprécie beaucoup de choses dans Wikipédia et j'ai rêvé d'en faire un bon nombre moi-même. Seulement, il y a un enjeu philosophique capital dans ce combat qui mène au triomphe du savoir éclaté. [...] Chacun peut y collaborer, avec parfois d'excellents résultats. Mais au total, on se retrouve avec une vision du monde non cohérente."
Pire, pour le philosophe encyclopédiste, le tandem Wikipédia-Google a pour effet de renforcer l'éclatement du savoir, qui s'avère finalement la pire des options sur le plan intellectuel.
"À mon avis, il n'y a pas d'objectivité pure, mais il faut quand même exposer ses convictions et défendre certains principes. Je soutiens que si Socrate revenait aujourd'hui, il ne lutterait pas contre Protagoras mais contre le relativisme concentré dans cette source."..."

Le Devoir (Québec), 07/02/2009

Encyclopédies en ligne collaboratives : vraies ou fausses encyclopédies ?
Réflexions sur l’encyclopédisme, dans le cadre d’un exercice pédagogique

Cécile, Cindy
"Certes, les encyclopédies en ligne collaboratives posent le problème de la définition de ce qu’est une encyclopédie, de l’encyclopédisme, ce concept pouvant être considéré comme étant remis en question par l’essor des encyclopédies collaboratives, qui posent le double problème de l’organisation des connaissances et de l’expertise (donc de la validation de l’information). En effet, l’apparition et le succès de ce phénomène sur Internet a entraîné une redéfinition de l’encyclopédisme dans la mesure où les modes de classement et d’organisation du savoir procèdent désormais de l’accès au document et de l’analyse de son contenu, et non plus l’inverse comme c’était le cas pour les encyclopédies sur papier. Mais se poser la question des encyclopédies numériques, et notamment des encyclopédies en ligne collaboratives, en terme d’opposition entre “vrai” et “faux” est une fausse question ; les encyclopédies en ligne collaboratives peuvent être perçues comme le signe de l’émergence d’une nouvelle forme d’encyclopédisme, ou comme une approche complémentaire des encyclopédies papier. (...)
En guise de conclusion, nécessairement provisoire sur ce vaste sujet, on peut s’interroger sur la nature de ce nouvel encyclopédisme : les réseaux interconnectés et les espaces virtuels sont-ils le point de départ, comme un type de discours, comme une idéologie le proclament, d’une démocratie cognitive, d’un accès universel aux savoirs ? Ou bien le nouvel encyclopédisme réside-t-il dans la communication (et non plus la critique) (auquel cas l’ensemble du Web 2.0, qui se fonde sur l’échange, le partage des données – donc potentiellement des savoirs – constituerait une encyclopédie) ? Ou bien faut-il refuser de sacrifier à une définition “traditionnelle” de l’encyclopédie ?"

encyclopedienumerique.wordpress.com/, 09/12/2008