Les communs de l'information, de la connaissance et du numérique

Enseigner les communs

Enseignement et bibliothèques

L'Éducation nationale

Si un point d'étape de l'entrée de l'école dans l'ère du numérique (10 juin 2013) pose bien comme objectif d'une éducation aux médias et à l'information (EMI) "de permettre aux élèves d'exercer leur citoyenneté dans une société de l'information et de la communication, former les "cybercitoyens" actifs, éclairés et responsables de demain", suivi de la mention de l'EMI dans la loi de refondation (8 juillet 2013), c'est seulement en juin 2015 dans le Programme d’enseignement moral et civique (75) que les textes officiels de l’Éducation nationale citent nommément les biens communs en en faisant un objet d’apprentissage dans la classe pour le cycle 2 (p.9), et dans la classe, la société et l’école au cycle 3 (p.14). Les trois dimensions caractéristiques des biens communs: productions, communauté, règles, sont bien présentes. Quelques exemples parmi d'autres:

  • dans le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture (76) entré en vigueur à la rentrée 2016: "L’élève, par des mises en ligne, la publication, l’exposition, le spectacle, les rencontres sportives [...], apprend à partager et à participer à des productions communes qui stimulent son intérêt" (p. 10) ;
  • quelques lignes plus loin: "Elle (l'école) permet d’acquérir des capacités d’esprit critique et de jugement, en même temps que le sentiment d’appartenance à une collectivité";
  • principes complémentaires relevant du domaine 3, point 2 (p.11): "l’élève comprend le bien-fondé des règles régissant les comportements individuels et collectifs, il se conforme à ces règles et connaît le sens du droit et de la loi. Il apprend et pratique le refus de l’injure, l’égale considération des personnes, la solidarité, l’entraide, la coopération. Il comprend la notion d’intérêt général, et acquiert le sens de la participation à la vie démocratique".

Les parcours éducatifs mis en place progressivement depuis 2015 à l'école, au collège et au lycée, vont donc tout à fait dans le sens des préconisations du collectif SavoirsCom1 (cf paragraphe suivant) avec notamment un parcours citoyen (intégrant l'EMI) qui "vise à la construction, par l'élève, d'un jugement moral et civique, à l'acquisition d'un esprit critique et d'une culture de l'engagement", un parcours d'éducation artistique et culturelle mettant l'accent sur la co-construction du parcours par les élèves et l'ensemble des acteurs impliqués dans l'EAC.

L'Enseignement supérieur et les bibliothèques

En France, la défense des communs de l’information et de la connaissance s’est tout d'abord organisée en grande partie à travers le collectif SavoirsCom1: politique des biens communs de la connaissance, créé en 2012 par les bibliothécaires Silvère Mercier et Lionel Maurel. Dans le manifeste (77) proposé sur un site placé sous double licence Creative Commons et Move Commons (78), le collectif, dans le point numéro 4, souligne l’importance de sensibiliser et d’éduquer aux communs:
"4. Le développement d’une littératie des Communs doit favoriser la citoyenneté et les apprentissages en réseaux, socles de l’existence des Communs. Il faut donc enseigner des connaissances, transmettre des savoir-faire et savoirs être qui garantissent la capacité des citoyens de demain à créer des Communs. L’apprentissage de la création, du stockage et de la mise en circulation de l’information, ainsi qu’une formation à la compréhension critique de notre environnement numérique doivent être pleinement intégrés dans les cursus scolaires et universitaires et dans les formations tout au long de la vie".

Dans l’enseignement supérieur, les Universités de Paris Ouest Nanterre et de Lyon se sont emparées de ce sujet avec des interventions croisées. Paris Ouest Nanterre propose le master Recherche infocom: industries culturelles et environnement numérique, dont l’axe 2 sous la responsabilité de Louise Merzeau (Maitre de conférence HDR) a pour thème Culture informationnelle et médiation sociotechnique: les communs numériques. Il se présente sous la forme d’une série de 6 webinaires participatifs(79) qui s’intéressent successivement:

  • aux commons, commun, communauté,
  • à l’appropriabilité des produits de l’industrie culturelle et du journalisme par les "amateurs",
  • aux biens communs, institutions culturelles et économie de l’information: le collaboratif en question,
  • aux médiations des connaissances et savoirs collaboratifs,
  • aux nouvelles organologies de la mémoire collective (archivage du web, éditorialisation collective…),
  • et aux enclosures et émancipation.

Hervé Le Crosnier a intégré ce thème dans les cours de culture numérique, revus chaque année, qu’il dispense au CEMU (Centre Multimédia Universitaire de l’Université de Caen Basse-Normandie) et disponibles sur Canal-U(80): "Le domaine public est le statut naturel des œuvres. La propriété intellectuelle est l'exception déterminée dans le temps et dans le type de documents. Comment le patrimoine culturel et immatériel, le domaine public des créations, les œuvres dont l'usage est autorisé par leurs créateurs, passent à l'épreuve de la numérisation et de la circulation sur l'internet".
À visionner également deux de ses interventions en direction des professeurs de l’académie de Rouen: Droits d’auteur et exception pédagogique à l’heure du partage des savoirs et Droits d’auteur, biens communs et ressources éducatives (81).