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Compétences numériques et informationnelles

élève devant ordinateur    

Éducation médias/Internet

2. Enjeux et intérêt éducatif

Divers points de vue

Bernard Stiegler, philosophe

Entretien - avril 2009

Entretien avec Bernard Stiegler
Bernard Stiegler, directeur de l'Institut de recherche et d'innovation (IRI), professeur à l'Université de technologie de Compiègne, répond aux questions d'Ivana Ballarini et d'Alexandre Serres concernant la culture informationnelle, la culture informatique et la culture des médias, et donne son point de vue sur les évolutions du web 2.0.

Il faut inventer une nouvelle dialectique
"Sur les technologies numériques, les jeunes en savent souvent plus que nous, cela fait partie de la structure même de ces technologies, il faut l’accepter et même s’en réjouir. Cela veut dire qu’il faut inventer une nouvelle dialectique au sens de Platon : quand l’élève se pose une question, cela nourrit le maître et le fait réfléchir. La dia-lectique, c’est très participatif : c’est la base même du dia-logue. Le cours doit intégrer cet espace dia-logique. A l’époque où les technologies du web 2 et du collaboratif se développent, il faut en tenir le plus grand compte. Les technologies colllaboratives sont des hypomnémata dialogiques. Si j’étais professeur de collège, j’essaierais de créer un réseau social de ma classe, par exemple. Pour cela il faudrait créer des cours spécialisés, mais qu’il faudrait d’abord dispenser aux enseignants eux-mêmes..."

On peut faire travailler les élèves sur leurs propres pratiques quotidiennes
"La question de la formation aux technologies de l’information doit être aujourd’hui posée du point vue de ce contexte où tout le monde devient producteur, non seulement d’information, mais de méta-information. Du coup, on peut faire travailler les élèves sur leurs propres pratiques quotidiennes ; il y a là un énorme chantier de formation à ouvrir, et c’est une nécessité fondamentale..."

"Les médias analogiques, qui vont rapidement devenir les médias de masse (la radio, la télévision) bouleversent la face du monde, ce qui est important à comprendre ce sont les effets qu’ils ont produit. On peut faire décoder des émissions par les élèves autant que l’on veut, si l’on n’a pas d’abord mis en évidence le sens historique de l’apparition de ces médias, et en quoi ils transforment par exemple la calendarité sociale, un tel « décodage » n’est pas très utile. Quant à l’informatique, il ne sert à rien d’enseigner les langages de programmation qui changent d’ailleurs sans cesse et que les jeunes vont découvrir par eux-mêmes dans leurs pratiques. La véritable question est de faire comprendre aux élèves les enjeux du processus de grammatisation dans ses différents aspects, avec ses spécificités technologiques et sociales, et qui ne concerne d’ailleurs pas que le langage où la perception audiovisuelle, mais aussi les gestes des ouvriers avec la machine outil, et plus généralement, tout ce qu’intègre l’automatisation."

Education aux médias et culture de l'information - Mediadoc n°2, avril 2009

Site de la Fadben : PDF, 7 p.

"Bernard Stiegler est l'un des rares philosophes à poser la question des médias, anciens et nouveaux, et de l'éducation aux médias, dans toute son ampleur, philosophique et politique ; question de la technique, rôle des supports de la mémoire (les hypomnemata), processus de grammatisation, nécessité d'une formation des enseignants à l'histoire et à la pensée des supports et des technologies de l'intelligence... : toutes ces notions, familières aux lecteurs de Stiegler, sont abordées et développées au cours de cet entretien passionnant."

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