Manuel numérique

Séminaire SDTICE, octobre 2008 : actes

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Accueil et ouverture du séminaire

Mots d’accueil et ouverture du séminaire

Jean-Claude ANDRE, proviseur du lycée Marc-Bloch de Bischheim, hôte du séminaire, présente son établissement. Il souligne que celui-ci a donné la preuve qu’il pouvait amener beaucoup d’élèves au succès, avec un taux de 94% de réussite au baccalauréat. Il relève que la population scolaire du lycée se caractérise par une grande diversité avec des élèves suivant des filières générales et technologiques, des filières génie électronique et arts appliqués, et,
depuis trois ans, des classes d’élèves autistes. Il souligne que 43,3% des élèves ont communiqué leur adresse Internet.

Claire LOVISI, recteur de l’académie de Strasbourg indique que le ministre de tutelle a lancé l’offensive contre le poids du cartable. Elle affirme que les manuels sont un des principaux responsables de ce poids excessif. La première étape dans cette lutte est, selon elle, d’alléger le cartable en réduisant les manuels scolaires volumineux.

Elle entrevoit plusieurs voies à explorer pour ce faire :
· Certains établissements pratiquent le double jeu de manuels.
· Les contenus des manuels peuvent être stockés sur des supports plus légers que le papier. Le développement des nouvelles techniques d’encre électronique et l’essor de l’e-book rendent ce concept très prometteur.

Elle rappelle qu’en 2007, le ministre a ainsi décidé d’expérimenter auprès de cinquante classes de 6e l’intérêt et l’impact du manuel électronique. L’académie de Strasbourg est pilote de ce projet.

Elle remarque que cette étude a démontré que la technologie n’est, toutefois, pas encore en mesure de répondre de manière satisfaisante aux exigences de la pédagogie et aux attentes du ministère. Elle juge que ce constat incite à explorer la multiplicité des supports en cours de développement, l’impact sur l’édition, les conditions légales d’utilisation.

Elle annonce que ce séminaire, organisé par la sous direction des technologies de l’information et de la communication de l’éducation, dressera un état des lieux des usages en milieu scolaire et un panorama des solutions techniques envisageables.

Elle stipule que le marché du manuel scolaire pèse actuellement 215 millions d’euros par an, soit près de 8% du chiffre d’affaire de l’édition et que la version électronique inquiète donc un marché existant mais peut également créer une émergence de nouveaux débouchés, encore insoupçonnés.

Les enjeux pour l'Education nationale

Jean-Yves CAPUL, ministère de l’Éducation nationale, directeur de la Sous Direction des Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Éducation, souligne que le ministère et la SDTICE avaient organisé un séminaire sur ce même thème il y a quatre ans, mais que le paysage s’est profondément transformé depuis, du fait de nombreux apports technologiques :
· La multiplication des supports électroniques : l’effervescence autour de l’e-book, mini-PC, consoles ;
· Développement des technologies d’écran : l’e-paper sous toutes ses formes, la technologie oled, …
· L’évolution du Web avec des outils qui permettent le Web collaboratif, l’Internet mobile, les applications en ligne…

Il note que les habitudes du public ont évolué :
· Lecture sur des écrans de plus en plus petits ;
· Consommation croissante d’images et de musique par les jeunes ;
· Désirs de sensations à travers l’Internet des objets, la Wii, etc.

Le paysage de l’éducation et les façons de faire ont changé :
· Augmentation des productions numériques créées par les enseignants ;
· Dynamisme des associations ;
· Généralisation des ENT (Espaces Numériques de Travail) : un effort accru a été demandé par le ministre afin que toutes les académies entreprennent des démarches auprès des collectivités territoriales pour développer les ENT ;
· Multiplication des manuels numériques proposés par les éditeurs.

Il rappelle que le manuel scolaire est un livre, un objet durable, pérenne et transmissible qui constitue un outil de référence. Le manuel numérique entraîne certaines modifications de ces caractéristiques.

Il différencie le manuel numérisé, qui est le manuel papier mis sur un autre support, du manuel numérique qui comporte des apports sur trois domaines : l’interactivité, le multimédia et l’ouverture à travers les hyperliens sur l’ensemble de l’Internet. Il stipule que les manuels scolaires présentent des spécificités par rapport aux ouvrages de littérature générale qui les rapprochent beaucoup de la culture des outils numériques. La lecture d’un manuel est, en effet, une lecture discontinue, segmentée, attachée aux éléments, aux fragments plus qu’à la totalité. La diversité des documents et des formes se rapproche, selon lui, de la réalité d’Internet et de ses usages. Des sons aux cahiers de TD, les activités qui pratiquent l’interactivité visent à rendre l’élève réactif. Il s’interroge sur la complémentarité des manuels papier et du numérique et sur les actions que vont mener les éditeurs.

Il conclut en précisant que l’objectif est de développer ces usages numériques. Le manuel numérique permettra, à son avis, aux professeurs de devenir en plus grand nombre des utilisateurs des technologies de l’information et de la communication pour leur enseignement.

Les enjeux pour l'édition

Stéphanie VAN DUIN, Hachette Livre, membre de la commission Patino (1) et présidente de la Commission Numérique du syndicat national de l’édition explique qu’il y a un an, un groupe de travail a été créé pour comprendre les enjeux du livre dans l’univers du numérique.

Elle informe que le marché du livre représente en France environ 3 milliards d’euros (2), soit la deuxième industrie culturelle après la télévision.

Elle affirme qu’un encadrement juridique et fiscal est nécessaire pour faire fonctionner cette économie du numérique puisque l’absence de barrières propres à Internet engendre le piratage. Elle affirme que les éditeurs ont choisi de mener ces réflexions conjointement afin de construire un modèle cohérent. Un accord informel en est ressorti, en Europe et aux Etats- Unis, mais il s’agit d’un investissement d’adaptation lourd.

Elle note que la commission s’est également entendue sur le format e-pub comme standard de lecture sur les e-book. Elle affirme que les éditeurs scolaires progressent dans la numérisation de leurs ouvrages, plus rapidement que les éditeurs de littérature générale. Cependant, les supports ne sont pas encore suffisamment développés (onéreux, en noir et blanc, etc.). Une autre piste pour faire entrer les manuels numériques dans l’environnement scolaire reste, à son avis, l’utilisation d’Internet.

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(1) Le rapport de la commission Patino : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/084000381/index.shtml
(2) le CA total de l'édition française est de 2,761 milliards d'euros, et l'univers scolaire représente environ 250 millions d’euros