Manuel numérique

Séminaire SDTICE, octobre 2008 : actes

En ligne

Focus sur l'enseignement supérieur

Un modèle économique différent

Patrick DHONT, Docteur en médecine, Institut d’aide à la Pratique Médicale, explique que la formation médicale continue n’est ni obligatoire, ni validante en France. Cette caractéristique constitue une exception dans l’aire européenne. La société qu’il représente aujourd’hui n’a pas de validité en France mais travaille depuis de nombreuses années avec
d’autres pays.

Il souligne qu’une étude a été menée auprès de quelques centaines de médecins et d’étudiants pour connaître le degré de lecture numérique dans le milieu médical. Un ordinateur a été prêté à chacun durant six mois ainsi qu’un accès à une bibliothèque comprenant deux cents cédérom. Le taux de satisfaction affleurait les 95%, avec un taux de lecture déclaré de près de
cinq heures pour chacun des cédérom. Néanmoins des logiciels espions étaient intégrés sur les ordinateurs qui ont apporté une vision bien différente : 80% des cédérom n’ont jamais été consultés et les 20% restant ont été lus durant une moyenne de 7 minutes 32. Ces données démontrent, selon lui, un échec du support numérique.

Après l’analyse des attentes de ces utilisateurs a montré qu’ils désiraient un support numérique :
· sans installation sur l’ordinateur
· en format plein écran et non en 800x600 comme la majorité des cédéroms
· comportant des vidéos de très bonne qualité
· qu’ils puissent incrémenter
· avec la possibilité d’imprimer en format A4 qui apporte une facilité de lecture ultérieure
· une validation d’autorité
· une connexion avec l’Internet

De plus, il existe 42 universités de médecine en France. Sur trois sujets différents exposés,chaque université édite un polycopié. Ces données nous amènent à réfléchir sur les coûts occasionnés, et à comparer avec les coûts d’un livre multimédia.
Ces ouvrages, élaborés avec les sociétés savantes ont été proposés pour validation officielle auprès des ministères de l'Éducation nationale et de la Santé. Ils sont sponsorisés de façon institutionnelle par des industriels qui en assurent la diffusion auprès des médecins, et pourraient être proposés gratuitement aux étudiants en médecine.
Il indique que des livrets électroniques sur la maladie du fumeur ont été commercialisés en septembre 2007 dans leur version aboutie et à l’heure actuelle les demandes sont énormes.

Réactions

Catherine FORESTIER, Université de Strasbourg : souhaite savoir comment sera commercialisé le produit.

Patrick DHONT, Docteur en médecine, Institut d’aide à la Pratique Médicale, explique que chaque livre présenté par l’institut devrait être mis à la disposition des étudiants en médecine gratuitement, car le coût financier est entièrement supporté par les industriels.

Le numérique et les bibliothèques universitaires

Catherine FORESTIER, directrice du service inter-établissements de coopération documentaire des universités de Strasbourg rappelle qu’avant les années 80, les étudiants travaillaient sur papier autant pour les manuels, les dictionnaires et les documents de référence, et que ces ouvrages étaient majoritairement écrits en français. Pour les chercheurs, la situation était équivalente. Les bases de données payantes sont apparues, fournies par des abonnements de l’Agence Spatiale Européenne ou France Télécom. Les modes d’interrogation très complexes nécessitaient le savoir des professionnels de la documentation.De plus ces bases étaient onéreuses, le coût étant facturé au temps.

Elle ajoute que dans les années 90, l’apparition des cédérom a généré de grandes expectations. Parallèlement, le développement d’Internet permet, aujourd’hui, l’accès à plus 100 millions
de sites avec des informations de qualité diverses, mais néanmoins bien présentes. Elle souligne que les plans « informatique pour tous » ont permis de déployer des ordinateurs dans les écoles et les universités. Souvent, dans les universités, ces ordinateurs ont été installés dans les bibliothèques. Parallèlement le réseau national de télécommunications de l’enseignement et de la recherche se développe, reliant toutes les universités et les organismes de recherche à des débits très élevés. Internet s’installe dans l’Université, puis le WiFi, auxquels le personnel universitaire, enseignants, personnel administratif, bibliothécaires, ont accès. Des projets menés par le ministère de l’Éducation nationale et la DIACT, la Délégation
interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires, développent les services numériques pour les étudiants et créent les environnements numériques de travail,
avec des accès sécurisés aux services, y compris à distance. Par le biais de ce contrat d’objectifs entre Etat, collectivités territoriales et établissements, onze universités numériques en régions ont été créées.

Elle stipule qu’une autre politique nationale, les universités numériques thématiques, crée des réseaux d’enseignement supérieur en ligne, divisés en grandes thématiques. Il s’agit de réseaux de cours en ligne élaborés par les enseignants, rendus accessibles à des promotions d’étudiants en particulier ou à des regroupements d’établissements qui décident de mutualiser les contenus, gratuitement ou de forme payante. A l’heure actuelle sont constituées sept UNT, avec des modes de gestion différenciés oscillant entre l’ouverture et la restriction à l’accessibilité totale.

Il lui semble qu’il est préférable de parler de la création en ligne aujourd’hui avec les termes d’objets multimédias ou produits hybrides, car il ne s’agit plus de livres. Il existe des bases de données de ressources avec des données modélisables : les enseignants peuvent élaborer leur cours en entrant des données, faire des illustrations, à partir d’un outil disponible en ligne.

Elle ajoute que, concrètement, une vingtaine de bibliothèques universitaires françaises propose des e-book, essentiellement en langue anglaise. Cependant, sans atteindre encore le tipping point cité dans le rapport Patino : les e-book ne génèrent pas l’engouement des utilisateurs. De la part des chercheurs, les retours sont pourtant positifs sur une plateforme de revues scientifiques. Il existe une demande non satisfaite par l’offre éditoriale aujourd’hui. Par ailleurs les enseignants n’ont pas encore pris l’habitude de prescrire l’usage de l’e-book aux étudiants.