Manuel numérique

Séminaire SDTICE, octobre 2008 : actes

En ligne

Présentation de manuels numériques par les éditeurs

Bordas

Jean-Sébastien ATTIÉ, éditions Bordas, présente les manuels numériques vidéoprojetables de son entreprise. Cette offre est complémentaire, voire substitutive des manuels papiers. Ce type de manuel est cohérent avec les équipements disponibles dans les établissements, cependant, selon lui, certains problèmes logistiques demeurent. Les établissements ne possèdent généralement qu’un seul vidéoprojecteur ou un tableau numérique interactif.

L’utilisation concrète faite par les enseignants reste donc réduite. Il indique que 23 manuels numériques simples, de découverte, ont été publiés. Il s’agit de transcriptions du manuel papier. Ces ouvrages sont accessibles gratuitement pour les enseignants. Il ajoute que six manuels numériques enrichis avec des médias ont été conçus.

Ces ouvrages sont en vente sous forme de cédérom. Il explique que sur le site Bordas, l’enseignant se crée un espace lors de son inscription. Selon les disciplines et l’adhésion souscrites, il aura accès à certains manuels du site. La version enrichie se présente sous forme de livres à feuilleter. Des outils de lecture sont proposés : une barre de navigation, un zoom, des masques de plusieurs formes pour isoler les documents, un accès au sommaire et des liens actifs à l’intérieur du manuel. Ces outils permettent, à son avis, une prise en main aisée du manuel.

Il précise qu’un simple bouton permet d’activer les médias disponibles sur la page. Le professeur utilise ce média comme support, il peut arrêter le défilement, le reprendre. Cettefonctionnalité permet d’employer le média de manière active, en collaboration avec les élèves.

Il souligne que cette expérience est récente et qu’un bilan d’utilisation après une année de service.

Belin

Sébastien LE PLAIDEUR, éditions Belin, annonce que comme tous les éditeurs, Belin propose les nouveautés 2008 sous forme de manuels numériques, plus ou moins enrichis. Des manuels numériques gratuits sont proposés aux enseignants ayant prescrit nos manuels papiers. Il existe une version payante pour les élèves via le KNE.

Il ajoute que la version numérique se présente sous forme de feuilletage. Un sommaire interactif permet de naviguer dans le manuel. Une icône de sommaire est constamment présente. Le manuel peut être téléchargé sur une clé USB afin d’être mobile. Pour faciliter l’élaboration d’une présentation, les pages peuvent être archivées et marquées. Tous les liens Internet sont actifs. Cette deuxième version est la mouture minimaliste se rapprochant plus du manuel numérisé que numérique.

Les manuels de langues sont enrichis de fichiers son.

Néanmoins, il avoue que les usages restent faibles. Malgré la gratuité, depuis quatre mois, pas plus d’une centaine de téléchargements a été effectuée. Il existe, selon lui un abîme entre les aspirations d’une minorité d’enseignants et la réalité des usages dans les établissements.

Nathan

Marie-José LEMOY, éditions Nathan, souligne la politique volontariste de son entreprise dans le domaine du numérique. Dès les années 80, ont été développées les collections Exos Nathan ; dans les années 90, des collections complètes de cédérom, dont notamment les collections de cédérom de mathématiques ; le cartable électronique dans les années 2000, etc.

En 2008, suite à ces expériences et aux études quantitatives et qualitatives, la solution du manuel numérique vidéoprojetable est avancée.

Elle précise qu’il existe deux versions de ces manuels vidéoprojetables. La version simple correspond à la reproduction exacte du manuel papier agrémenté de fonctionnalités s’apparentant à celle du tableau interactif. La production est de 23 ouvrages pour le collège et trois pour le lycée. Les manuels enrichis reposent sur la même base amplifiée par des ressources complémentaires multimédias : vidéos, animations, sons.

Le manuel simple peut être feuilleté tel un livre papier. Les fonctionnalités principales sont un sommaire et un diaporama actifs, zoom, barre de navigation, cache. Tout comme le tableau numérique, nous trouvons une trousse d’outils graphiques qui permet d’entrer du texte sur la page, de surligner ou d’effacer. Ce manuel, gratuit pour l’instant, est réservé exclusivement aux utilisateurs du manuel papier. L’enseignant peut atteindre les ressources intégrées au manuel enrichi sur les pages de cours et par une pochette de ressources.

Les manuels enrichis sont distribués sous forme de DVD Rom. Cet objet concret rassure les enseignants. Ce manuel enrichi est vendu à 149€ pour les utilisateurs de la méthode papier : tous les outils multimédia sont compris dans cette version.

Une version réseau pour les établissements vaut 420€. Les non utilisateurs du manuel papier peuvent acquérir le manuel à un prix de 1250€.

Elle ajoute que l’adhésion à la partie vidéoprojetable simple est satisfaisante, mais que le manuel enrichi, pour les utilisateurs ou non, ainsi que la version réseau ne reçoivent pas un accueil favorable.

Hachette Livre

Odile MARDON, Hachette Livre, pense que les caractéristiques et les fonctionnalités des offres des différents éditeurs se rejoignent. Elles répondent toutes à un principe de réalité. Les enseignants ne sont pas tous technophiles, certains sont effrayés par la manipulation d’un ordinateur et la répercussion qu’une mauvaise manipulation peut avoir dans une classe.

Selon elle, l’usage premier demandé par les enseignants est celui de vidéoprojection. L’outil se transforme en assistant, il aide à animer la classe.

Hachette propose également des licences à destination des élèves pour une somme modique, afin que les Régions où les systèmes d’un ordinateur par élève sont en place puissent profiter des ressources du manuel. Actuellement, elle précise que 80% des licences sont des licences élèves en partenariat dans des expérimentations avec les Régions.

Cependant, elle note que la majorité des demandes provient des enseignants qui désirent animer leur cours. Les questions posées en retour sont d’ordre technique plus que pédagogique.

Réactions

Fabien CREGUT souhaite savoir combien de manuels numérisés sont édités à l’heure actuelle ?

Sébastien LE PLAIDEUR répond que sont proposées en version numérique toutes les nouveautés 2008 et la collection SVT complète, c'est-à-dire une quinzaine de manuels.

Fabien CREGUT interroge sur ce qui peut inciter les utilisateurs à rechercher la versio numérique d’un document qu’ils possèdent déjà en version papier.

Sébastien LE PLAIDEUR répond que certains établissements choisissent d’offrir le numérique en complément au cours sur support papier. Toutes les remontées des usages sur terrain démontrent, selon lui, que le manuel numérique est la clé d’entrée dans l’univers numérique pour les enseignants non technophiles. Il s’agit de l’usage le plus facile qui n’est pourtant pas plébiscité.

François DÉTRÉE, CDDP du Val d’Oise note que tous les éditeurs semblent avoir la même interrogation. Ils ne trouvent pas la façon de faire pénétrer leurs produits dans les établissements scolaires. Il lui semble que les solutions ne prennent pas en compte un outil progressivement plus présent : le tableau interactif.

Marie-José LEMOY précise que le manuel projetable est adaptable au tableau blanc interactif. Certaines fiches sont conçues afin de permettre à l’élève d’inscrire ses réponses sur le tableau. Elle remarque que tous les établissements ne sont pas encore équipés, mais juge que le handicap majeur réside dans le manque de formation du corps professoral.

François DÉTRÉE estime que le manuel numérique devient le manuel du professeur, et non celui de l’élève.

Marie-José LEMOY réplique que l’outil présenté est celui de la classe. L’enseignant anime son cours et donne la dimension numérique. Elle affirme que la motivation des élèves est accrue et que la mémorisation est facilitée par la projection des documents au tableau. Elle précise que des investigations pour apporter des solutions numériques à l’apprentissage au domicile sont en cours.

Pierre MATHIEU, CRDP du Limousin cite l’exemple de la Corrèze où chaque élève dispose d’un ordinateur. Le manuel vidéoprojetable de l’enseignant devient, selon lui superflu. Les livres demeurent au collège ; les élèves requièrent un manuel numérique afin d’étudier au domicile.

Marie-José LEMOY juge que les élèves équipés d’un ordinateur, ordina13 ou ordi35, sont encore minoritaires.

Frédéric KERBECHE, Département du Val d’Oise remarque que lors d’une séance faite sur un TBI, l’enseignant peut surligner, écrire sur le document du manuel, etc. Il se demande quelles sont les limites de la légalité dans ce cadre.

Odile MARDON répond qu’aujourd’hui rien n’empêche l’élève de prendre le cours de son enseignant et de le partager à l’extérieur du groupe de la classe.

Caroline TAMBAREAU, association les Clionautes, demande s’il existera-t-il un système de droits équivalent pour le numérique à celui existant pour les photocopies.

Odile MARDON réplique que cette question reste ouverte. Elle indique que sont pris en considération les budgets dont disposent les acheteurs potentiels. Cependant, d’autres facteurs entrent en jeu : la valeur d’usage donnée, la valeur intrinsèque du produit, etc. La somme de 1300€ paraît rédhibitoire, elle correspond pourtant à une réalité de marché axée vers la rentabilité du produit.

Noël DEBARLE, association Sésamath, estime que le rôle de Sésamath se situe dans la création d’un premier jet de ressources qui nous paraissent intéressantes quitte à ce qu’elles
soient reprises et améliorées par les éditeurs.

Marie Noëlle AUDIGIER, directrice générale des éditions Hatier, reconnaît que La définition des prix est un problème. Cependant, les 420€ du manuel en réseau sont beaucoup moins chers que l’équivalent papier. Le numérique, rapporté au nombre d’années et au nombre d’élèves, est, dans sa version simple, 30% plus cher.

Frédéric KERBECHE, département du Val d’Oise rappelle que le matériel informatique des établissements scolaires est financé par les collectivités territoriales. Elles s’intéressent à leur usage et commencent à investir dans les ressources. Les collectivités territoriales doivent, selon lui, être informées des nouvelles nécessités structurelles liées aux innovations technologiques.

François JOLLIVET, directeur Education et Sports, département du Val d’Oise annonce que seulement 5% des départements ont choisi d’équiper les collèges de matériel apte à accueillir les innovations du manuel numérique. De plus seuls 20% ont choisi l’option de la double série de manuels.

Denis DIDIER, enseignant de SVT, académie d’Amiens, indique qu’il attend d’un manuel, surtout pour l’élève, qu’il apporte une réelle plus-value. Il pense qu’il serait intéressant de leur demander leur avis. Il ajoute ne pas discerner cette plus-value attendue dans les propositions faites par les maisons éditoriales. Il attend beaucoup plus d’efforts de conception.