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Les jeunes off-line et la fracture numérique : étude belge

Le décalage entre l’univers des usages numériques dominants des 16-25 ans et les exigences de la sphère socio-économique est parfois profond. Pour ceux qui n’utilisent pas internet ou qui n’en ont qu’un usage très occasionnel ou très limité, le décalage devient un fossé. Il faut les aider à découvrir des passerelles et leur apprendre à les emprunter avec succès.

 les jeunes off-line étude belge

Les jeunes off-line et la fracture numérique :
les risques d’inégalités dans la génération des “natifs numériques”

Cette étude s’intéresse aux jeunes belges (16 à 25 ans) qui n’utilisent pas internet ou qui n’en ont qu’un usage très occasionnel ou très limité : les jeunes dits “off-line”
Elle a été réalisée par Périne Brotcorne, Luc Mertens et Gérard Valenducle.
Fondation Travail-Université (Namur), Septembre 2009

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l'étude Les jeunes off-line et la fracture numérique PDF, 90 p.
le résumé de l'étudePDF, 7 p.

Présentation de l'étude

Quatre questions clés

> Qui sont les jeunes off-line ?
> De quelle manière et pourquoi sont-ils off-line ?
> Quelles en sont les conséquences pour eux ?
> Quelles sont les mesures nécessaires et comment les envisager ?

Trois approches complémentaires

> un aperçu de la littérature scientifique sur les risques d’exclusion numérique parmi les jeunes,
> une exploitation des sources statistiques et des enquêtes existantes,
> une série de rencontres avec des acteurs de terrain qui travaillent avec des jeunes défavorisés, dans les trois Régions du pays...

Une optique de vulgarisation scientifique et d’aide à la décision politique

"Ce rapport s’adresse d’abord à tous ceux qui sont concernés par les politiques d’intégration sociale ou d’intégration numérique destinées à la jeunesse, aussi bien du côté de l’élaboration des politiques que de leur mise en oeuvre. Plus largement, il intéressera tous les acteurs concernés par l’évolution de la fracture numérique et par les défis de l’inclusion sociale."

Conclusions

  • Le public cible de l'étude

"Loin l’homogénéité que laisse supposer le discours sur les natifs numériques, les jeunes belges entre 16 et 25 ans constituent un public très diversifié."

  • Le besoin d'élargir la notion de jeunes "off-line"

"Il y a très peu de jeunes totalement off-line et il s’agit d’une addition de situations individuelles problématiques. Les structures familiales, le niveau ou le type d’éducation et le milieu culturel jouent un rôle plus important que la situation économique."

  •  De la déconnexion au décalage

Il existe un décalage entre l’expérience des jeunes sur internet et les attentes de la société à leur égard en matière d’usages des TIC dans la sphère socio-économique.

"L’expérience des jeunes sur internet poursuit principalement des objectifs de communication et de détente. Des usages tels que le multimédia numérique, la messagerie instantanée, les réseaux sociaux ont, pour la plupart d’entre eux et indépendamment de leur origine sociale ou de leur niveau d’instruction, une forte dimension identitaire. Dans la sphère socioéconomique, par contre, ce sont d’autres usages qui sont mis en valeur, notamment l’utilisation de logiciels, la recherche et le traitement d’informations en ligne, les applications financières et commerciales, les services publics en ligne, etc. C’est à l’aune de ces usages qu’est habituellement évaluée l’intégration dans la société de l’information – et donc, en creux, les risques d’exclusion de la société de l’information. Le décalage entre l’univers des usages dominants des jeunes et les exigences de la sphère socioéconomique est parfois profond. Or, les jeunes entre 16 et 25 ans sont des jeunes en transition, pour lesquels ce décalage peut être source de problèmes d’autonomie et d’insertion socioéconomique.

Pour les jeunes qui sont dans des situations de quasi-déconnexion, le décalage est encore plus grand, il devient un fossé. L’exclusion dont sont victimes les jeunes off-line n’est donc pas une mise à l’écart des TIC, mais une situation de décalage profond entre, d’une part, leur expérience limitée des TIC et d’autre part, les comportements qui sont attendus d’eux dans leur insertion dans le travail, la formation et la vie autonome en société. Le mot “fracture” prend ici un sens particulier, celui d’un fossé entre deux univers. Il s’agit d’une forme spécifique de fracture numérique au second degré, c’est-à-dire au niveau des inégalités dans les usages une fois que la barrière de l’accès est franchie."

Pour les jeunes qui sont dans des situations de quasi-déconnexion, le décalage est encore plus grand, il devient un fossé.

"La littérature sur la fracture numérique au second degré met l’accent sur les inégalités en termes de compétences numériques : non seulement les compétences instrumentales, mais aussi et surtout les compétences informationnelles, qui permettent de sélectionner et de traiter les contenus numériques, et les compétences stratégiques, qui permettent de mettre les usages des TIC au service d’objectifs personnels ou professionnels, individuels ou collectifs.

Les jeunes en situation de quasi-déconnexion possèdent en général les compétences instrumentales de base. Toutefois, le développement de ces compétences se fait essentiellement par la pratique. Les jeunes qui ont peu d’occasions d’utiliser régulièrement les TIC se trouvent ipso facto défavorisés par rapport aux autres jeunes de leur âge.

De plus, les compétences mobilisées d’une part, dans les usages de communication, multimédia et jeu, et d’autre part, dans les activités en ligne qui relèvent de la sphère socioéconomique, sont de nature différente. Selon [les] interlocuteurs de terrain, les jeunes perçoivent ces deux catégories d’usages comme des mondes différents. Certains jeunes sont capables d’établir des passerelles entre ces deux mondes et de se sentir familiers dans les deux univers, d’autres ne le sont pas."

Les jeunes en quasi-déconnexion ont besoin de découvrir des passerelles et d’apprendre à les emprunter avec succès.

"Le défi de l’inclusion numérique des jeunes consiste donc à construire des passerelles entre ces deux mondes et à apprendre à y faire le va-et-vient, de manière autonome. Les jeunes en situation de quasi-déconnexion ont à la fois besoin de découvrir ces passerelles et d’apprendre comment les emprunter avec succès. Pour cela, ils ont besoin d’un accompagnement qui leur permet de faire ce chemin, qui pour les plus défavorisés d’entre eux, constitue, s’ils sont seuls, un véritable parcours d’obstacles."

Les recommandations

"D’une manière générale, ces recommandations visent à appréhender la situation des jeunes offline ou quasiment off-line de manière intégrée, en replaçant la question des pratiques numériques des jeunes entre 16 et 25 ans dans le cadre plus large de leur vécu, de leurs activités et de leur transition vers l’autonomie."

  • Recommandations aux institutions d’enseignement et de formation

Recommandation 7
"Dans les hautes écoles qui forment des travailleurs sociaux et d’autres intervenants psychosociaux dans le domaine de l’aide à la jeunesse, il est important d’incorporer une formation à l’usage des nouveaux médias numériques interactifs dans le travail social ou psychologique."

Recommandation 8
"Dans les programmes de l’enseignement secondaire, en particulier dans les filières techniques et professionnelles, ainsi que dans la formation en alternance, il est nécessaire de favoriser les méthodes pédagogiques qui permettent aux jeunes de dépasser progressivement les limites de leur propre univers internet, mais en valorisant celui-ci plutôt qu’en le diabolisant."

Recommandation 9
"D’une manière générale, les institutions d’enseignement devraient faciliter une meilleure convergence entre la formation aux TIC et l’éducation aux médias, plus particulièrement aux nouveaux médias numériques. L’éducation aux médias concerne notamment la capacité de décryptage des informations numériques et la promotion de bonnes pratiques. Elle peut se faire, entre autres, de manière transversale dans la plupart des matières enseignées, par le biais de méthodes pédagogiques interactives qui valorisent les pratiques numériques des élèves."

  • D'autres recommandations sont données aux différents acteurs

> autorités publiques fédérales ou régionales
> responsables de campagnes de sensibilisation
> services d’aide à la jeunesse
> concepteurs de services en ligne
> dirigeants d’entreprises et aux responsables du recrutement
> médias 

Sommaire

Chapitre 1 : Le besoin d'élargir la notion de jeunes "off line"

1. Un premier repérage à travers les données statistiques
     - Un bref profil des jeunes entre 16 et 25 ans en Belgique
     - L’utilisation d’internet et de l’ordinateur chez les jeunes 16-24 .....

2. Natifs numériques et exclus numériques : les enseignements des recherches existantes
     - La génération des natifs numériques
     - Les jeunes face à l’exclusion numérique

3. La perception des acteurs de terrain
     - La démarche de terrain : où et comment trouver les jeunes off-line ?
     - Les jeunes totalement off-line : un phénomène invisible ?
     - Jeunes off-line : un cumul de facteurs divers

4. En conclusion : une diversité de situations de “déconnexion”
     - Élargir la notion de jeune off-line
     - Une grande diversité de situations individuelles

Chapitre 2 : Usage et non-usage chez les jeunes : de la déconnexion au décalage

1. L’univers numérique des jeunes : une approche descriptive
     - Comment les jeunes utilisent-ils les services en ligne ?
     - Peut-on mettre en évidence un profil d’usages spécifique aux jeunes ?
     - La question des compétences numériques des jeunes

2. Les acquis des recherches existantes
     - Rapport aux TIC et modèle d’usages chez les jeunes
     - Formes de quasi-déconnexion chez les jeunes
     - De l’alphabétisation numérique aux compétences critiques

3. Les points de vue des acteurs de terrain
     - Le besoin d’affiner l’hypothèse de départ .
     - La notion de “off-line” et l’expérience numérique des jeunes
     - Où et comment les jeunes ont-ils accès à internet ?
     - Pourquoi les connaissances TIC des jeunes ne correspondent-elles pas aux attentes de la société, et vice versa ?
     - Les conséquences de l’accès problématique et des connaissances limitées des jeunes

4. En conclusion : déconnexion ou décalage ?
     - Des profils d’usage différents de ceux des adultes plus âgés
     - Des compétences numériques réparties de manière très hétérogène

Chapitre 3 : Les mesures à envisager

1. La place des jeunes dans les programmes d’action en faveur de l’inclusion numérique
     - Quelques plans d’action nationaux
     - Les recommandations d’organisations internationales

2. Les besoins et les attentes des acteurs de terrain
     - Conscientiser le secteur de la jeunesse et les travailleurs de l’aide à la jeunesse
     - Construire des ponts entre le monde numérique des jeunes et les attentes de la société de l’information
     - Améliorer la confiance dans les TIC
     - Rendre les services en ligne plus facilement utilisables par les jeunes

Chapitre 4 : Conclusions et recommandations

1. Le public cible de l’étude
2. Le besoin d’élargir la notion de jeune off-line
3. De la déconnexion au décalage
4. Recommandations

Bibliographie
 

le monde

L'autre fracture numérique : celle des 16-25 ans

Entretien avec Gérard Valenduc, codirecteur du centre d'étude de la FTU et coauteur de l'étude.

Propos recueillis par Damien Leloup. 

"En réalité, seule une minorité de 16-25 ans est coupée de ces outils. Mais pour une partie d'entre eux, il est très difficile de franchir la passerelle qui sépare "leur" monde Internet, le chat, le téléchargement ou l'écoute de musique et de vidéos en ligne… de l'utilisation que la société attend d'eux, à commencer par leurs employeurs."

"Nous estimons qu'il faut faire davantage converger, notamment à la fin du secondaire, l'éducation aux médias et aux technologies. L'enseignement des NTIC est encore trop tourné vers l'informatique pure : il faut également y intégrer davantage d'éducation aux médias, pour développer les compétences et les réflexes, comme le sens critique."

"Au final, ce ne sont pas tant les critères économiques qui font qu'un jeune s'approprie ou non ces technologies. La culture numérique des parents et les relations entre les parents et les enfants jouent le rôle le plus important. Par exemple, alors que les jeunes filles sont en moyenne aussi à l'aise que les garçons avec les nouvelles technologies, nous avons observé plusieurs cas de jeunes filles, y compris majeures, qui sont "off-line" parce que leurs parents leur interdisent de sortir pour aller au cybercafé, alors que les garçons y ont droit."

Lire cet entretien dans le Monde du 18/12/2009
L'autre fracture numérique : celle des 16-25 ans