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Les risques et la sécurité sur internet : le point de vue des enfants

Une enquête a été menée en 2010 dans 25 pays européens auprès d’environ 25 000 enfants âgés de 9 à 16 ans pour connaître leurs pratiques et usages d’Internet. Un interview de Dominique Pasquier, sociologue et directrice de recherche au CNRS, qui a participé pour la France à cette enquête est accessible sur le site Universcience.tv et un communiqué de presse, en ligne sur le site du CNRS, rend compte des principaux résultats de cette enquête. Cette dernière est accessible en ligne en anglais sur le site du CNRS

Cette enquête a été menée par un réseau de recherche piloté par la London School of Economics dont l’équipe française était dirigée par Dominique Pasquier du Laboratoire traitement et communication de l’information (LTCI) (CNRS/Télécom Paris Tech). Cette enquête a été financée par la Commission Européenne.

Communiqué de presse

Pratiques et usages d’Internet des 9-16 ans

« Les enfants de 9-16 ans utilisent presque tous internet (93%). Ils consultent internet au moins une fois par semaine et ils y passent en moyenne une heure et demi par jour. Les enfants vont sur Internet de plus en plus jeunes : l’âge moyen au premier accès est de 7 ans au Danemark et en Suède contre 8 ans dans plusieurs autres pays d’Europe du Nord. En France l’âge moyen est de 9 ans pour la première navigation sur le web.
Les enfants européeens utilisent plus internet à la maison (87 %) qu’à l’école 63 % et à la maison ils se connectent principalement dans leur chambre (41%).
59 % ont un profil sur un réseau social et ce profil est public dans 26 % des cas. Seulement 25% des enfants entretiennent une communication en ligne avec des inconnus sur Internet, surtout lors de participation à des chats, des jeux ou des mondes virtuels. »

Les dangers d’Internet : quelques mises au point

« Les deux problèmes les plus courants rencontrés par les jeunes sont l’accès à des contenus malsains mis en ligne et un usage excessif d’Internet. L’enquête révèle que 21% des 11/16 ans ont été confrontés à des contenus malsains : messages de haine contre certains groupes (12%), pro anorexiques (10% en moyenne, mais 19% des filles de 14/16 ans), appels à l’automutilation (7%), à la prise de drogues (7%) ou au suicide (5%). En revanche, les images sexuelles sur internet ne représentent pas une expérience trop pénible pour les enfants, contrairement à ce que pense les parents. Mais recevoir des messages blessants s’avèrent plus traumatisants. »

Parents et enfants

« Les relations parents/enfants à propos d’Internet apparaissent peu conflictuelles. L’usage de dispositifs techniques de contrôle par les parents est relativement faible : seulement un quart des parents bloquent ou filtrent certains sites (28%) ou regardent l’historique des sites consultés par leurs enfants (24%). Les parents restreignent surtout la diffusion des données personnelles (85%) et le téléchargement (57%). 56% des parents donnent à leurs enfants des conseils sur comment se comporter avec les autres en ligne, ou discutent avec eux de ce qui pourrait les inquiéter (52%). Les enfants pensent que leurs parents savent beaucoup de choses de leurs usages d’internet. Cependant de nombreux parents n’ont en fait pas été au courant quand leurs enfants ont eu des problèmes (images et messages sexuels ou agressifs). La sous-estimation parentale est donc très forte. »

Les autres sources de conseil

« Les enseignants jouent un rôle de conseil important surtout pour les adolescents les plus âgés. Mais il y a de grandes différences selon les pays : 97% des professeurs impliqués en Norvège contre 65% en Italie (en France 76%). 73% des enfants disent que leurs pairs les ont aidés pour Internet. Les informations venues des médias de masse sont peu utilisées (20%) et les conseils de sécurité en ligne encore moins. »

 Interview de Dominique Pasquier

Dominique Pasquier, sociologue et directrice de recherche au CNRS, fait le point sur les résultats de cette enquête dans d’un interview en ligne sur le site Universcience.tv.

À propos l’enquête

Elle souligne l’intérêt d’une enquête européenne qui mêle des pays aux pratiques très diverses d’internet. L’échantillon est d’environ 1000 enfants en France avec entretiens des enfants et des parents.

Risques

Les risques que les parents craignent ne sont pas les risques réels. Les images hyper sexuelles ont peu de conséquences psychologiques sur les enfants. En fait ces risques sont peu fréquents et ne créent pas de troubles.
En revanche pour les enfants de 9 - 16 ans, les messages de haine ou pro anorexiques, ou concernant la drogue perturbent davantage les enfants.
Le problème important que révèle l’enquête est l’excès d’utilisation d’internet dont sont conscients 30% des enfants. C’est sur cet aspect qu’il faut travailler, déclare Dominique Pasquier, davantage que sur les risques de réception d’images sexuelles. Les 14 - 16 consultant plus internet, sont plus en contact avec des gens non connus, sont confrontés à plus d’images sexuelles, mais ils savent gérer cela, ils savent bloquer l’arrivée d’images inopinées. Plus ils sont âgés moins cela les troublent. Plus on grandi, plus on devient mature.
Les filles apparaissent plus perturbées, en particulier par les messages pro anorexiques.

Durée d’utilisation

L’usage d’internet est en moyenne de 1h 30 par jour mais on observe des variations selon l’âge. Par ailleurs, les garçons globalement restent en ligne plus longtemps, en particulier avec l’usage des jeux. Les 16 ans utilisent internet plus longtemps mais les plus jeunes utilisent très tôt internet en moyenne vers 8 - 9 ans. Cela commence à 7 ans dans les pays scandinaves. C’est un des points forts qu’a révélé cette enquête.

Usages

Les enfants recherchent des informations pour leurs devoirs mais peu de temps. 90% du temps passé sur internet l’est pour les loisirs : communiquer - jouer en ligne - regarder des vidéos - envoyer des messages, donc beaucoup de divertissements.
Les réseaux sociaux sont très importants : 80% des 15 - 16 ont un profil facebook, 25% des 9-10 ans (bien que cela soit interdit à cet âge, on constate que cela se fait avec l’accord des parents). Il y a une entrée très précoce sur les réseaux sociaux. Cela génère l’apprentissage de la gestion de ses amis. C’est un apprentissage de la société. Cela peut s’avérer douloureux, blessant pour les enfants, par exemple lorsque l’on disparaît de la liste de ses amis. La gestion publique de l’amitié n’est pas facile. Il faut apprendre à gérer cela.

Actions à mettre en oeuvre

Il y a déjà des manifestations et de la prévention au niveau européen et national. Aujourd’hui, on s’oriente vers des actions en direction des plus jeunes : pour les industriels, il s’agit de proposer des logiciels de filtrage mieux adaptés - du côté des enseignants, il est nécessaire de mettre en place des actions de prévention dès le début de l’école primaire.

Consultez le communiqué de presse, 12/01/2011
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2070.htm

Consultez la vidéo, 25/02/2011
http://www.universcience.tv/media/2823/les-jeunes-et-internet.html

Consultez le rapport en anglais, décembre 2010
Risks and safety on the internet : The perspective of European children, 171 p.