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La Francophonie numérique en 2014

Ce rapport, réalisé par l'ISOC Québec, dresse un état des lieux de la situation du numérique dans l’espace francophone. Il est structuré en 5 grands chapitres. Le premier aborde le développement et le maintien des infrastructures numériques dans les pays membres. Les quatre chapitres suivants traitent des axes et des sous-axes d’intervention de la stratégie de la Francophonie en matière de numérique.

Réalisé par l'ISOC Québec, en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et aussi la Chaire Unesco « Pratiques émergentes des technologies de l’information et de la communication pour le développement » de l’Université Bordeaux Montaigne, le présent rapport 2014 disponible librement en ligne constitue un premier essai de mesure de l'avancement de la situation du numérique dans l’espace francophone. Il regroupe en un seul document des statistiques et des avis qualitatifs récents ainsi que de nombreuses données et informations disponibles selon le cadre de la Stratégie de la Francophonie numérique - Horizon 2020 : Agir pour la diversité dans la société de l'information.

Ce rapport comprend cinq grands chapitres. Le premier aborde le développement et le maintien des infrastructures numériques dans les pays membres. Les quatre chapitres suivants traitent des axes et des sous-axes d’intervention de la stratégie de la Francophonie en matière de numérique.

Le développement des infrastructures

Comme le précise le rapport, « il ne suffit pas que les citoyens et les organisations puissent accéder à Internet haute vitesse ou à la téléphonie cellulaire : il faut aussi que les réseaux en place leur procurent une connexion de qualité croissante ». L'étude relève en 2013 que les habitants de la Francophonie sont, dans une grande proportion, incapables de se brancher à Internet alors que beaucoup d'entre eux sont équipés de téléphones mobiles. La connexion Internet en Afrique de l'Ouest semble néanmoins s'être améliorée depuis l'installation de 5 câbles sous-marins, à partir de 2012, favorisant les villes côtières de pays comme le Togo ou le Bénin. De son côté, la République de Vanuatu profite depuis janvier 2014 d’un nouveau système de câbles sous-marins de 3000  kilomètres, reliant l'île au reste du monde à une vitesse de 40 gigabits par seconde. Cette mise à jour des infrastructures s'avère nécessaire face aux besoins nouveaux des citoyens et des entreprises du 21ème siècle.

Seulement 11 des 21 pays membres de l’OIF examinés par Cisco, précise le rapport, offraient en 2012 des infrastructures communicationnelles permettant de garantir des services Internet perfectionnés aux internautes ; 6 pays sur 21 possédaient les configurations minimales et 4 pays doivent combler leurs manques en la matière. La question du coût, souvent trop élevé, constitue un frein très important. Des solutions existent cependant : la République démocratique du Congo figure par exemple parmi les pays récemment dotés d'un IXP, point d’échange Internet pouvant augmenter l’accessibilité et la qualité d’Internet pour les communautés locales.

L'économie numérique

Les données recueillies montrent que le numérique occupe une place relativement importante dans l’économie de la plupart des pays membres de la Francophonie. Par exemple, la République de Maurice figure en bonne position parmi les 148 pays sondés dans ce classement, surtout selon l'étude « à cause de la force perçue des activités de commerce électronique interentreprises de ses organisations et de leur capacité apparente à se servir des TIC pour créer de nouveaux modèles d’affaires, et donc, pour lancer de nouveaux produits et services ». Ainsi le rapport prodigue une série de conseils pour appuyer le développement de l’économie numérique : il est en particulier nécessaire selon les auteurs de mettre en place des cadres juridiques  facilitant la demande et l’offre de produits et de services électroniques, de favoriser l’émergence de nouvelles dynamiques en affaires et au sein des réseaux et des communautés de pratique, d'encourager les partenariats publics privés dans le secteur du numérique et de privilégier l’utilisation de logiciels libres et de logiciels à code ouvert pour favoriser l’autonomie des acteurs. Le pays ayant le mieux réussi à promouvoir l'utilisation des TIC est le Rwanda selon un sondage mené par le Forum économique mondial.

Le rapport met en outre en exergue la nécessité d'appuyer l'entrepreneuriat des jeunes dans le secteur du numérique : former les jeunes et mettre à disposition des ressources pratiques pour l'aide à la création et à la gestion d'entreprise (par exemple, le centre Tumo en Arménie), partager les expériences et mettre en place des partenariats, veiller à ce que les jeunes entrepreneurs soient au courant des occasions d'affaires, faciliter la création d'entreprises (mesures de simplification, fiscalité avantageuse).

Sociétés ouvertes, transparentes et démocratiques

Les gouvernements favorisent le développement des TIC et du numérique pour « réaliser des gains d’efficience et d’efficacité à l’interne, accroître la transparence de leurs activités, améliorer les services offerts aux citoyens et favoriser la participation du plus grand nombre à la vie démocratique ». Le 3ème chapitre du rapport traite de ces différentes questions en 3 axes :

  • Gouvernement électronique et participation citoyenne : les données de l’ONU indiquent que deux fois plus de pays membres de l’OIF (35%) que de pays non membres (17%) ont un faible indice en matière de développement du gouvernement électronique)
  • Promouvoir les politiques nationales et régionales pour des données ouvertes sur Internet : certains pays (Suisse, Grèce, Moldavie...) ont commencé à prendre des mesures pour exploiter le potentiel des données ouvertes. 10 pays de la Francophonie se sont également engagés dans le Partenariat pour un gouvernement ouvert (Open Government Partnership)
  • Sécurité, libertés  et confiance : politiques de cybersécurité, formation et partenariats : les pays de la Francophonie apparaissent en retard par rapport au reste du monde concernant les lois régissant les TIC (commerce électronique, protection des consommateurs...). Le rapport relève toutefois les efforts significatifs du Rwanda en la matière. En termes de cybercriminalité, 21 états et gouvernements de l'OIF possèdent au moins un CERT, centre d'alerte et de réaction aux attaques informatiques

Les biens communs numériques

Bien que les Francophones ne représentent que 3% de l'ensemble des internautes, 4% des contenus produits en ligne sont en langue française. Le rapport cite différentes initiatives intéressantes comme l'Entrepôt du livre numérique, les projets de Bibliothèques Sans Frontières ou Afripédia. Au niveau logiciel, l'étude indique que les habitants des pays de la Francophonie ont besoin d'applications dans leur langue pour accéder au numérique mais également d'outils technolinguistiques et de traitement de la langue. Des efforts sont à effectuer dans ces domaines même si des progrès ont déjà été réalisés (Google Traduction, logiciel de dictée automatique Dragon Naturally Speaking).

Selon le rapport, il convient de favoriser le développement des outils libres et leur utilisation, contribuant ainsi à la défense du domaine public et des biens communs de la connaissance, à la manière du projet OpenStreetMap. Les ressources éducatives libres (REL) figurent également parmi les contenus libres dont la généralisation s'avère profitable aux pays de la Francophonie. Demeurent toutefois bien des obstacles au niveau de l'accès à ces différents contenus (absence de numérisation, formats inadaptés). L'étude relève cependant l'exemple du Réseau francophone numérique qui réunit des grandes institutions documentaires francophones, lesquelles représentent 18 États et gouvernements membres de l’OIF engagés dans des programmes de numé­risation patrimoniale ou encore dans le développement de projets dans ce domaine. Le site du Réseau permet aux internautes d’accéder à plus de 800 000 documents de nature variée témoignant de la richesse du patrimoine documentaire francophone.

L'innovation peut être dans certains cas freinée lorsque subsiste une incertitude dans le cadre de la réutilisation des contenus. Les auteurs rappellent l'existence du Calculateur du domaine public qui permet de définir l'usage qui peut être fait de telle ou telle oeuvre. Le recours aux licences Creative Commons est également préconisé car elles permettent d'assurer un niveau de protection plus ouvert. Des projets sont menés en ce sens au Rwanda et au Liban.

Diversité et partage

Les pays et les acteurs francophones doivent chercher à protéger le bon fonctionnement général de l'Internet pour faire en sorte que cet environnement critique, cet « écosystème » profite à tous plutôt qu'à quelques-uns. Pour ce faire, le rapport souligne la nécessité de mener une veille (veille stratégique, veille technologique) sur les questions numériques, de collaborer avec les autres pays francophones et  de créer des partenariats avec les divers acteurs (organisations internationales, états, gouvernements, société civile, entreprises) sur ces mêmes questions. Un exemple intéressant de coopération est celui qui a mené à la production d'une version officielle, en français, de la licence Creative Commons Zero (CCO), grâce notamment aux efforts de traduction d'experts de différents pays - Algérie, Belgique, Cameroun, Canada, Luxembourg, Maroc, Sénégal, Suisse et Tunisie.

Pour favoriser le développement des pays de la Francophonie et la diversité culturelle et linguistique qu'ils représentent et défendent, il est important enfin, selon le rapport, que ces pays puissent être actifs et prendre part aux travaux des instances traitant de l'avenir de l'Internet et de sa gouvernance (internationalisation des noms de domaine, la question de l'IPv6, réglementation, législation et régulation).


Sources et références complémentaires

Télécharger le rapport 2014 en ligne (format PDF, CC BY-ND-ND) : État de la Francophonie numérique


Veille Éducation Numérique - publication du Centre de documentation de la DGESCO.
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