Prix de la critique 2013

Face à la qualité des critiques postées sur le blog (onglet films) a été décerné un Prix de la critique qui a récompensé sept critiques d’élèves sur les quatre-cents publiées tout au long de l’année.

Jury

Le jury de ce prix était composé de personnalités éminentes du monde de la critique de cinéma :

  • Thierry Méranger : Les Cahiers du cinéma
  • N.T Bihn : Positif
  • Alain Riou : Le Nouvel Observateur et Le Masque et la plume
  • Frédéric Strauss : Télérama
  • Jacky Goldberg : Les Inrockuptibles

Cérémonie

Le premier prix de la critique a été décerné le 10 avril 2013 au cours de la cérémonie de remise du Prix Jean Renoir des lycéens 2013 au ministère de l’Education nationale, à Paris

Le trophée, remis au lycée Claude Nougaro de Monteils (académie de Toulouse) d’où sont issues les lauréates du premier prix, a été réalisé par les élèves de Première bac professionnel carrossier et technicien en chaudronnerie du lycée professionnel Lavoisier à Brive (académie de Limoges).

Les 2ème au 7ème prix se sont vu attribuer un livre sur le cinéma fantastique en France offert par le CNC. Quatre critiques parmi les sept lauréats ayant été rédigées par des élèves de la classe de Première L, du lycée le Verrier à Saint Lô (académie de Caen), la Fédération nationale des cinémas français a offert une place de cinéma à l’ensemble des élèves de la classe pour récompenser le travail collectif accompli.

Alain Riou, critique de cinéma au Nouvel Observateur et à l’émission Le masque et la plume a fait un discours remarqué.

Palmarès

Les sept lauréats sont :

1er prix : July Molinié et Lucy Rodiger (académie de Toulouse) critique de  César doit mourir

Séjour de deux jours au festival Cinécole, organisé à Cannes par l’académie de Nice.

C’est un week-end de projections cinématographiques qui se tient à la fin du Festival de Cannes les 25 et 26 mai 2013.

2ème prix : Nala Loriot  (académie de Caen) critique de  La vierge, les coptes et moi

3ème prix : Edwige, Virginie, Dorine (académie de Caen) critique de  César doit mourir

4ème prix : Nahema Hafiane (académie de Grenoble) critique de Camille redouble

5ème prix : Laura et Nala  (académie de Caen) critique de  Rengaine

6ème prix : Mathilde, Adèle et Capucine  (académie de Caen) critique de  César doit mourir

7ème prix : Alan Golaszewski (académie de Besançon)critique de Camille redouble

Critiques primées

1er prix : July Molinié et Lucy Rodiger, Terminale L, lycée Claude Nougaro à Monteils (académie de Toulouse)

“Tout esclave a entre ses mains le pouvoir de briser ses chaînes”
Jules César; I,3

Rebbibia, en Italie, devient le spectacle inattendu: celui des répétitions, puis de la représentation de Jules César de Shakespeare, joué par les détenus de cette prison de haute sécurité..
Nous retrouvons les frères Taviani, qui ont reçu l’Ours d’or de la Berlinade (après la Palme d’Or pour “Padre Padrone” en 1977), à travers “Cesare Deve Morire”, un “faux making-of” sur l’environnement carcéral.

En choisissant cette fois-ci un noir et blanc très contrasté, les Taviani se concentrent sur le jeu des acteurs, d’ailleurs très talentueux, et reviennent ainsi à un cinéma italien plus classique, porté adroitement par une musique tantôt lyrique tantôt épique.
Rien ne doit détourner l’attention du spectateur du drame humain qui se joue, et qui se joue dans les mots. Chacun des plans est réfléchi et cadré à la perfection, en particulier sur les visages, sculptés par le style noir et blanc qui convient d’ailleurs tout à fait au drame shakespearien; mais représente également l’univers brut de la prison, délivrant ainsi une force dramaturgique impressionnante.
Bien que la langue de Shakespeare soit l’anglais, les dialectes originels des acteurs rendent ici une sincérité à la performance. Les détenus parlent ainsi, au travers du texte de Shakespeare, de liberté, de condamnation, de pouvoir, de crime et de trahisons, des mots qui résonnent et se confondent à leur passé et à leur condition.
La tragédie qui se noue dans les couloirs de la prison a pour chacun des échos véridiques, comme nous le percevons lors des répétitions, et plus particulièrement lors du malaise qui s’installe lorsqu’un des détenus doit prononcer des paroles qui n’ont que trop d’écho avec son passé de criminel…
L’appropriation de Jules César rend une part de dignité et d’humanité à ces prisonniers; les frères Taviani, englobent ainsi ce qui fait partie du septième art: la relation entre acteurs et spectateurs, adaptation et production,…

Enfin, ce film est aussi et surtout une ode à l’art, dont toute la puissance apparaît ici comme un échappatoire à ces “hommes d’honneur” résolument touchés, si ce n’est libérés par l’art.
Pour nous, c’est certainement le film qui sera en tête de notre palmarès; plus que le grand film du prix Jean Renoir, c’est un des grand films de l’année. Il est agréable de voir des cinéastes d’un certains âge produire un film aussi innovent. Ce sont des oeuvres de cette envergure qui confirment notre passion pour le cinéma.

2ème prix : Nala Loriot,  Première L, lycée Le Verrier, Saint Lö (académie de Caen)

« La Vierge, les Coptes et Moi », réalisé par Namir Abdel Messeeh, est ce que l’on peut appeler un film à petit budget. Celui-ci devait à l’origine, avoir pour sujet principal les apparitions de la Vierge en Egypte mais le réalisateur se nourrissait aussi d’une irrésistible envie d’y montrer sa famille. L’intérêt final, était donc une rencontre avec une communauté en dehors du temps, la communauté Copte.
Cependant celui-ci bifurque, et c’est ce qui pourrait déplaire à certains, la ligne conductrice étant le réalisateur qui semble d’ailleurs ne savoir pas trop où il va.
Ce qui fait l’originalité de ce documentaire, est le fait qu’il raconte l’histoire d’un réalisateur qui fait un film sur les apparitions de la Vierge, tout en racontant aussi la fabrication du film lui-même. Ce changement de point de vue, n’était à l’origine pas prévu. Le spectateur est amené à se demander, ce qu’est finalement le documentaire. En effet, il est paradoxal dans le sens qu’il montre une certaine réalité, tout en étant le reflet du regard que porte le réalisateur.
A travers ce film, Namir cherchait quelque chose de spécifique, et il a effectivement trouvé des réponses à ses questions les plus intimes. Qu’est-ce que la croyance ? Car la vraie question n’est pas de savoir si cela est vrai ou non, mais si on veut y croire. Namir Abdel Messeeh montre qu’en Egypte, la religion est quelque chose d’identitaire, mais que les croyances des Egyptiens ne sont pas, comme on pourrait le penser, naïves. Ils se posent beaucoup de questions et sont eux aussi pleins de contradictions. Le réalisateur avait effectivement, extrêmement peur de l’effet comique. Comment rire sans se moquer des gens ? A partir de quand rions nous des gens, et à partir de quand rions nous avec les gens ?
La religion n’a pas vraiment d’importance, Namir cherche à mettre en avant les personnes dans leur universalité en effaçant le coté identitaire de la religion, et c’est ce qui en est d’autant plus touchant.
Il est surprenant que les habitants du village se laissent aussi facilement prendre au jeu du cinéma. Plusieurs aspects de celui-ci sont donc mis en avant. Dans un premier temps, le cinéma permet d’accepter de croire à ce que l’on voit tout en sachant pertinemment que ce n’est pas forcément la réalité. Mais le cinéma est aussi un moyen d’immortaliser un moment qui n’existe plus.
Le spectateur se demande souvent si ce n’est pas plutôt un film sur sa mère que Namir réalise. Car sa mère est effectivement un personnage à part entière, qui touche de par sa spontanéité, d’où l’intérêt de la montrer telle qu’elle est réellement dans la vie.
La beauté de ce documentaire réside dans l’amour qu’il dégage. L’amour du réalisateur pour la communauté Copte, pour l’Egypte, et pour sa famille. Et c’est ce qu’il faut retenir de ce film émouvant et drôle à la fois.

3ème prix : Edwige, Virginie, Dorine,  Première L, lycée Le Verrier, Saint Lö (académie de Caen)

“César doit mourir” est un film italien réalisé par les frères Taviani en 2011. Celui-ci relate la mise en scène par des détenus d’une pièce de Shakespeare “Jules César”, dans une prison à la périphérie de Rome (Rebibbia). Et déjà une question se pose: documentaire ou fiction? Les détenus sont joués par des détenus ce qui, plus qu’une simple fantaisie des réalisateurs constitue un véritable aspect du film. Nous assistons dans la scène du casting à une véritable mise en abîme des détenus; à la fois souvenir de leur arrestation dans le film et sûrement dans la vraie vie: ceci donne de la profondeur aux personnages qui paraissent plus réels et rétrécit encore la frontière entre le documentaire et le film,ce qui le rend intéressant. En apparence nous assistons à un simple documentaire sur une prion en Italie, de vrais détenus, ayant commis de vraies infractions dans une vraie vie bien ennuyeuse symbolisée par la composition en anneau du film: ces prisonniers, dont la plupart sont condamnés à perpétuité, sont en fait condamnés à la routine, à errer indéfiniment dans les couloirs de la prison tel des morts. Mais n’est-ce-pas leur rôle? Ici intervient la fiction qui peut être personnifiée par la remarquable scène du casting où les détenus apprennent leur rôle. Brutus est d’ailleurs, selon moi, un des meilleurs acteurs du film, jouant aussi bien son rôle d’acteur au cinéma que d’acteur au théâtre; véritable personnification de l’amour voire de la folie que peut causer l’Art. Errant et parlant seul dans la prison il peut devenir dérangeant, sa vie et l’Art s’entremêlant. L’Art serait sa vie?
La musique tient elle aussi une place importante, on peut la considérer comme un personnage. Elle est omniprésente, rappelant le théâtre dans l’Antiquité. Elle est toujours mélancolique et procure, à travers la joie du théâtre, une certaine désillusion car tout a une fin. Après la représentation les prisonniers retourneront à leur vie habituelle après que l’Art l’ait illuminé, c’est un échapatoire. “Maintenant que j’ai découvert l’Art ma cellule est devenue une prison” dit Cassuis. Mais il suffit juste d’imaginer pour que la prison devienne une scène: les couloirs sont les coulisses, les acteurs sont eux-mêmes des acteurs et l’entracte se déroule la nuit où les masques toment e les regets de la vrai vie refont surface comme le manque de femmes: cette pièce et ce film sont masculins, comme l’image que l’on a des prisons. Le documentaire se retrouve aussi lors de la représentation; les spectateurs sont en fait la famille des acteurs. Les prisonniers redeviennent en quelque sorte libres mais juste le temps de la représentation. Pendant les répétitions ce sont les autres détenus qui sont spectateurs (comme lors de la scène du discours d’Antoine par exemple), ceux-ci son pourtant réfractaires au théâtre: ils comparent Brutus à un “bouffon” lorsqu’il joue et n’ont pas de rôle important autant dans le film que dans la pièce.
Une autre caractéristique de cette pièce est son contexte historique: elle prend place à Rome il y a 2000 ans , est reprise par Shakespeare il y a 500 ans et par le frères Taviani en 2012 avec pourant des points communs. Le clientélisme est devenu la mafia et les clans (pour ou contre l’assassinat de César) sont les mêmes, c’est un cycle: “combien de fois César devra-t-il mourir?”. La pièce est ancienne mais les enjeux sont récents ce qui fait que le filmest actuel, intemporel car la mafia existera toujours ce qui provoque chez le spectateur un effet de saisissement: l’Histoire n’est en fait qu’un éternel recommencement. A travers le théâtre nous retrouvons aussi le cinéma avec ses nombreux codes cinématographiques: le souvenir des répétitions est en noir et blanc alors que les scènes qui se passent dans le présent sont en couleurs , le laurier sur le pull de César représente un de ses attributs d’Empereur. Certains passages comiques se réfèrent au cinéma comme lorsqu’un des acolytes de César se présente comme “citoyen du monde”; en effet, le cinéma est un Art international qui est passé du noir et blanc à la couleur comme dans ce film. Nous pouvons aussi voir une allusion aux peplums avec les costumes ainsi que le contexte historique.
Finalement “César doit mourir” est l’apologie de l’Art sous toutes ses formes; le théâtre, le cinéma, la musique et la peinture qui s’entremêlent de façon harmonieuse entre rêve et réalité.

4ème prix : Nahema Hafiane, Première, lycée Camille Vernet à Valence (académie de Grenoble)

CAMILLE REDOUBLE ou l’ART DE NE PAS RECOMMENCER

Et si l’on pouvait tout recommencer ?
Camille Vaillant, 47 ans, alcoolique en plein divorce avec l’amour de sa vie, ne sait plus où elle en est. Cette quadragénaire désespérée par le temps arrive au point de non-retour, en plus d’une vie sentimentale anéantie elle travaille durement comme actrice de bas étage. Le film commence sur une dispute avec Eric (Samir Guesmi) son amour perdu qui veut récupérer sa part de leur ancien appartement, c’est le jour de l’an, il a refait sa vie, elle est restée seule. Son unique soutien, sa fille, qu’elle a eu très jeune lui demande de se ressaisir.
Malgré sa tristesse et son désespoir Camille se rend à la soirée d’une ancienne camarade de lycée. Avant, elle passe chez un horloger pour faire couper une bague qu’elle porte depuis plus de 30 ans symbole de la fin de son histoire avec Eric. L’horloger interprété par Jean-Pierre Léaud lui conte une sorte de prophétie disant que la dernière minute de l’année sera la sienne. Avant minuit, chez son amie, Camille jette la bague dans la neige. Le décompte commence et elle s’évanouit.
L’héroïne se réveille en 1985 dans un lit d’hôpital, elle a 16 ans, la gueule de bois et ses parents viennent la chercher.
La réalisatrice, Noémie Lvovsky qui interprète également le rôle de Camille nous entraîne dans une faille spatio-temporelle au beau milieu des années 80 au son de Téléphone et de Cure. Apres le choc à la vue de ses parents Camille doit retourner à l’école. Et c’est munie de Doc’s, d’un grand sweat et d’une coupe coq que mademoiselle rejoint ses copines. Camille apparait aux autres comme une ados mais elle à la mémoire d’une femme de plus de 40 ans.
On rit lorsqu’elle doit répondre aux enseignants en anglais alors qu’elle n’en a pas fait depuis plus de 20 ans. Elle doit s’adapter et ne sait pas combien de temps ça va durer, personne ne la croit sauf Alphonse, son professeur de chimie joué par un superbe Denis Podalydès. Avec lui elle va essayer de comprendre ce qui lui arrive et alors qu’il se noue entre eux une relation plus qu’amicale Camille doit jongler avec Eric qui l’aime comme un fou, ses parents et ses amis.

Camille veut tout recommencer, en mieux. Elle veut sauver sa mère (Yolande Moreau) atteinte d’une tumeur au cerveau et ne veut pas refaire les mêmes erreurs avec Eric.
Dans ce film, Camille nous donne la possibilité de rêver « et si j’avais fait ça.. » mais elle nous montre aussi que les choix ne sont pas toujours facile. On s’aperçoit, en même temps qu’elle que finalement le passé n’est pas si horrible et qu’il est impossible de contrôler chaque seconde d’une vie.
Noémie Lvovsky nous offre un voyage agréable, drôle et nostalgique à travers une histoire certes simple, mais après avoir pensé que le film n’a pas beaucoup d’originalité on finit par se laisser prendre et on sourit bêtement jusqu’à la fin. Les acteurs nous font rire, Michel Vuillermoz et Yoland Moreau sont extraordinaires en parents d’adolescente rebelle. Ses copines rythment le film avec leurs réflexions philosophiques anarchistes. Le jeu de Judith Chemla (Josepha, sa meilleure amie) nous fascine.

Noémie Lvovsky est captivante, on y croit pas tout le long mais on reste derrière elle à espérer un « happy end » avec Eric ou juste la voir grandir parce qu’au fond le problème de Camille ne serait-t-il pas plutôt un léger syndrome de Peter Pan que des erreurs de parcours ? Et si finalement tout ce qu’il fallait c’était accepter et avancer ? On en sort tout sourire et on analyse sa vie qu’on voudrait peut être un peu changer ? Pas de soucis c’est bientôt le nouvel an !

5ème prix : Laura et Nala,  Première L, lycée Le Verrier, Saint Lö (académie de Caen)

Récompensé lors de la quinzaine des réalisateurs, Rengaine de Rachid Djaïdani est bien plus qu’un film, c’est un conte, un documentaire et une œuvre d’art. Le mérite du réalisateur ne peut être remis en cause : sept ans de tournage, deux ans de montage, peu de moyens financiers et matériels, et pourtant un chef d’œuvre à la clef. Ce film est le résultat d’un acharnement sans faille.
“Elle a fait un choix de ouf” dit l’un des quarante frères musulmans à propos de sa sœur Sabrina qui a décidé d’épouser Dorcy, un « renoi » de religion chrétienne. Et c’est bien autour de ce choix que tourne le film. Et pour tourner, il tourne. Avec son mouvement de caméra permanent, la totale improvisation, son casting insolite mais également avec l’omniprésence d’un combat éthique, Rengaine nous bouleverse et nous fait rire à la fois.
Une certitude : l’amour. Ils s’aiment … mais pourtant leur mariage est impossible. Pour certains, il est quelque chose d’encore plus fort que la liberté de chacun ou que l’amour fraternel, le besoin de faire perdurer les traditions et une certaine culture religieuse qui dicte le « bon » comportement. Sliman, grand frère protecteur, tente d’empêcher ce mariage. Rengaine est un film qui amène le spectateur à s’interroger sur les valeurs fondamentales de la vie, telles que la haine, la peur de la différence, l’intolérance, ou encore l’amour.
Il faut tout de même savoir que Rengaine n’est pas un film sur les différences culturelles, sur les religions et encore moins sur la banlieue. Mais c’est un film sur les Hommes. Hommes qui se compliquent la vie, tandis que celle-ci pourrait être tellement plus simple. C’est un film linéaire, ressemblant à la vie avec toutes ses fragilités, et qui touche par son humanité. Rengaine…. Comme un air qu’on fredonne et qui ne veut pas nous quitter. Rengaine…. Représentant parfaitement l’idée de traditions qui se perpétuent bêtement.
L’intégralité du long-métrage repose sur un affront, sur l’insistance de Sliman et sur la résistance de Sabrina. Vous découvrirez aussi la réaction des quarante frères supposés de la jeune femme, dont la majorité s’évertue à perpétuer une hypothétique tradition.
Un autre aspect important du film est sans aucun doute la réflexion qu’il amène sur la place de la culture dans la socièté. Comme Hosine Ben (rôle du policier), qui nous affirme avoir « appris son rôle sur les bancs de garde à vue », les acteurs n’ont pas suivi de formation et le mérite en devient encore plus grand. Rachid Djaïdani désirait aussi briser les préjugés et les clichés sur le monde du cinéma, selon lesquels, un film amateur ne peut trouver sa place.
Film court, réalisé avec de petits moyens, Rengaine est en réalité un grand chef-d’oeuvre.

6ème prix : Mathilde, Adèle et Capucine, Première L, lycée Le Verrier, Saint Lö (académie de Caen)

Cela faisait trente ans que les frères Taviani n’avaient pas connu un tel succès. Depuis La Nuit de San Lorenzo qui leur avait permis de remporter le Grand Prix du Jury à Cannes. Aujourd’hui, c’est avec César doit mourir que les réalisateurs de Padre Padrone sont à nouveau de retour sur le tapis rouge et décrochent un Ours d’Or lors du dernier festival de Berlin. Le film est basé sur la mise en scène d’une tragédie de Shakespeare dans une prison de Rome. Son principal intérêt est sûrement l’ambivalence entre le film fictif et le documentaire.
En effet, la prison dans laquelle se déroulent les faits se nomme Rebibbia, un quartier de haute sécurité bien réel. Les détenus mettent en scène Jules César, de Shakespeare. Jusque là, le scénario est simple, cependant les détenus jouent le rôle de détenus qui jouent eux même un rôle. Le film commence par la dernière scène du drame Shakespearien, nous sommes au théâtre. Mais au lieu de retourner dans les coulisses, les comédiens repartent un à un regagner leur cellule, accompagnés de leurs matons. Puis flash-back. On passe en noir et blanc : les souvenirs, mais aussi l’enfermement, l’absence de couleur au sens figuré. La pièce n’est pas choisie au hasard, elle fait écho au vécu des prisonniers. Cela est notamment démontré par plusieurs scènes marquant un « retour à la réalité » fictif, puisque écrit sur le scénario. Et pourtant on y croit, ce complot visant à tuer l’empereur rappelle les affaires mafieuses pour lesquelles la plupart sont condamnés. La première scène met déjà en avant Brutus ou Salvatore Striano de son vrai nom. L’acteur est particulier puisqu’il n’en est pas à son premier film : libéré grâce à une remise de peine en 2006, il entreprend une carrière d’acteur et joue déjà dans La Tempête de Shakespeare ainsi que dans plusieurs films comme Gomorra de Matteo Garrone ou Un Tigre parmi les singes de Stefano Incerti. Il a donc dû retourner le temps du tournage dans ce lieu où il avait été fait prisonnier.
Le jeu des acteurs est très surprenant et même époustouflant car ils sont amateurs et pourtant, pas une fois on ne doute de leur sincérité et de leur conviction. Alors qu’au début du film, pendant la scène du casting, présente au début du film, on voit les détenus comme des criminels, notamment par les titres informant de leurs méfaits et de leur peine, on ne les voit plus que comme des Hommes lors de la scène finale. C’est en réalité la première scène qui est de nouveau présentée, avec quelques détails en plus peut-être, mais tout est différent. Notre regard a réellement changé et on le ressent de manière très marquée. C’est peut-être là la force majeure du film.
Le film s’achève sur la prégnante réplique de Cassius « Depuis que j’ai connu l’art, cette cellule est devenue une prison ». L’art permet-il une ouverture vers un autre monde ?
Une réussite exceptionnelle pour César doit mourir.

7ème prix : Alan Golaszewski, Terminale L, en CAV spécialité au lycée Lumière de Luxeuil-les-Bains (académie de Besançon)

La réalisatrice Noémie Lvovsky inscrit son nouveau film Camille Redouble, un long-métrage français d’1 heure 55 sorti le 12 septembre 2012, dans la lignée plutôt classique des comédies-dramatiques mais lorgne aussi du côté du fantastique. Il semblerait pourtant que ce pari risqué ait été remporté haut la main par la réalisatrice, qui a su faire avec brio et finesse un film drôle et émouvant. Même si les thèmes abordés dans ce film, tels que le passé, le destin, l’insouciance de la jeunesse, paraissent quelque peu revus et corrigés, il n’en reste pas moins que Camille Redouble est l’histoire d’une « banalité » touchante, suscitant chez le spectateur tantôt la bonne humeur, tantôt l’émotion. C’est certainement sur cela qu’a joué la réalisatrice, à savoir que chacun se reconnaisse en partie à travers le personnage de Camille, pour ainsi faire naître en nous l’envie de renouer avec notre passé et nos souvenirs lointains.
Camille Redouble retrace l’histoire d’une quadragénaire qui, au moment où elle semble vivre les pires heures de son existence, va mystérieusement revivre son passé. Elle retrouve donc ses 16 ans, ses amis, ses parents, ainsi que ses ennuis d’adolescente. Dès lors, une dilemme s’impose à la « jeune » femme : elle qui a désormais le pouvoir de changer son passé et de ce fait son futur, va-t-elle bouleverser le cours de son existence ou bien accepter sa piètre destinée ?

On retiendra de Camille Redouble deux forces qui tendent nettement à faire de ce film une réussite. Dans un premier temps, l’ambiance générale du film incite le spectateur à voyager à la fois dans le temps et dans les émotions. Certes cette caractéristique n’est pas propre à Camille Redouble, dans la mesure où il s’agit quasiment d’un remake du célèbre film de F.F Coppola, Peggy Sue s’est mariée, qui à l’époque avait déjà exploité ce concept de « revivre son passé ». Toutefois il est indéniable que l’histoire de cette femme qui retrouve son adolescence, nous influence considérablement à repenser à cette belle période de notre vie. Ceci est largement dû aux costumes, où l’on dénote une véritable opposition entre les tenues vestimentaires d’hier et d’aujourd’hui ; les tenues aux couleurs très vives et très soutenues des années 1980, tranchent nettement avec les vêtements ternes et fades actuels. Ce travail sur les costumes est ici remarquable dans la mesure où, accompagnant le basculement dans le temps de Camille, il donne une vision optimiste du passé et traduit le monde aujourd’hui, tel que nous le vivons. Ce voyage dans le passé est aussi prolongé par le jeu d’acteurs. Noémie Lvovsky dans son perpétuel équilibre instable entre bonne humeur et tristesse. La forte charge émotionnelle dégagée par certaines scènes du film, est paradoxalement issue d’événements pour le moins anodins, comme la scène d’anniversaire par exemple où la convivialité et l’intimité de la famille de Camille sont dévoilées, la scène ne peut laisser le spectateur indifférent.
Par ailleurs, la réalisatrice a su décrypter et rendre parfaitement bien à l’image le rapport adolescent / adulte. Il y a là presque l’aspect d’un film social, dans la mesure où le personnage de Camille « jeune » est totalement différent de celui où elle apparait adulte. On observe même paradoxalement, que la Camille retombée dans son adolescence est plus mature que l’adulte. Les premières scènes du film mettent en scène le véritable mal-être de Camille ; elle est une piètre actrice, alcoolique, et qui de plus, ne sait plus se faire aimer. Il est évident que c’est en tant qu’adulte que Camille connait ses heures les moins glorieuses, ce qui n’est pas du tout le cas dans sa vie d’adolescente, où elle sait se faire apprécier et a de l’importance pour les autres.

Camille Redouble est un film où les rebondissements s’enchaînent. De ce fait, toutes les scènes du film sont valorisées, et nombre d’entre-elles peuvent-être considérées comme des moments clés du film. Une cependant semble se distinguer particulièrement, à savoir celle où la mère de Camille décède. Il s’agit d’une séquence importante, qui contient une révélation principale, et où un être aimé en remplace un autre qui disparait. Entendons par là la juxtaposition que la réalisatrice a choisi, entre la mort d’un côté, et la naissance de l’autre, puisqu’en effet Camille s’apprête à révéler à sa mère qu’elle est enceinte à seulement 16 ans.
La scène s’ouvre plutôt dans une atmosphère apaisée. La cuisine sert de toile de fond dans cette scène, ce qui symbolise l’intimité, la convivialité, où Camille aura la possibilité de se confier. La lumière tamisée dans cette scène renforce davantage l’aspect calme et posé. Dès lors, que le dialogue s’amorce entre Camille et sa mère, les plans, qui jusque là englobaient dans un même cadre la mère et sa fille, changent profondément. La révélation est un moment brutal pour la mère, qui est bouleversée (le jeu d’acteur là encore est remarquable), ce que la réalisatrice a choisi d’exprimer par la scission du cadre. En effet, la mère et Camille sont désormais séparées, chacune au coeur d’un cadre qui leur est propre, ce qui symbolise le désaccord. Les plans sont le plus souvent serrés, en plans rapproché poitrine ou épaules, ce qui là encore donne toute une dimension de l’enfermement : la mère et la fille sont dans une impasse visiblement. Lorsque Camille sort enfin de la pièce pour regagner sa chambre sous la demande de sa mère, un hors-champ tout à fait brutal vient apporter un bouleversement à l’histoire. Le son très significatif indique que la mère a été victime de l’infarctus, comme le film l’avait prédit auparavant. La mère tombe, mais tout cela est suggéré, ce qui n’empêche pas pour autant l’émotion de transparaître, avec notamment un plan rapproché poitrine sur Camille qui, dos à la porte de la cuisine, pleure. Cette disparition de la mère vient clôre la scène, et laisse le spectateur sur une « fin » tragique et riche en émotions. On regrettera cependant un scénario un peu plat dans cette scène, où l’on attendrait plus d’émotions données par la parole.

Camille Redouble est finalement une véritable bouffée d’oxygène qui transmet au spectateur, par l’efficacité de son jeu d’acteurs, et l’ambiance voulue par la réalisatrice, l’envie de renouer avec ses souvenirs, et ses jeunes années quelque peu dépassées. C’est en mêlant à cela d’incroyable intensités émotionnelles, que Noémie Lvovsky capte définitivement l’attention du spectateur. Un film avec des détails représentés avec finesse, des choix artistiques et esthétiques brillants, font de ce film une véritable réussite. Quoiqu’il en soit, en adulte ou en adolescente, Camille nous fera toujours autant rire et pleurer.