Remise du prix 2013

César doit mourir

Données du film

  • Réalisé par : Paolo et Vittorio Taviani
  • Avec : Cosimo Rega, Salvatore Striano, Giovanni Arcuri
  • Long-métrage : Italie / France
  • Genre : Drame
  • Durée : 1H17
  • Année de production : 2012
  • Date de sortie : 17 octobre 2012
  • Distributeur : Bellissima Films

 

 

Synopsis

Prison de haute sécurité de la Rebibbia, à Rome. Sur la scène du théâtre de l'établissement, une troupe de détenus achève, sous les applaudissments nourris du public, la représentation du «Jules César» de William Shakespeare. Une fois le rideau retombé, les comédiens d'un jour retournent dans leur cellule. C'est le résultat de six mois de travail. Du choix des acteurs à la première de la pièce en passant par la découverte du texte, les frères Taviani ont filmé l'élaboration du spectacle. Tous les acteurs sont des détenus, condamnés à de longues peines, qui découvrent comment l'art peut être un moyen de quitter un temps leur morne quotidien...

Critique de Télérama (Frédéric Strauss)

A plus de 80 ans, les fameux frères Taviani ont créé la surprise avec ce nouveau film, Ours d'or du dernier festival de Berlin. Les auteurs de Padre Padrone (1977) et de La Nuit de San Lorenzo (1982), qui avaient pu donner le sentiment de s'être endormis sur leurs lauriers, ont mis dans ce César doit mourir une étonnante radicalité. Ils l'ont entièrement tourné dans une prison romaine où des détenus préparent puis donnent une représentation théâtrale. Tout est vrai, mais est-ce pour autant un documentaire ? Avec un regard à la fois généreux et plein d'autorité, les Taviani taillent dans cette réalité un film en noir et blanc où chaque plan est réfléchi et cadré, superbement.

Un exemple. Les deux frères cinéastes montrent le casting, la distribution des rôles. Un prisonnier est choisi pour être un musicien : justement, il sait jouer de l'harmonica et il s'y met ! Sur sa musique défilent alors, en gros plan, les visages des autres détenus acteurs, avec mention de leurs peines en bas de l'écran : dix-sept ans pour trafic de stupéfiants ; quatorze ans et huit mois pour association mafieuse ; perpétuité pour homicide... Aussi lourds le passé et la sentence, aussi léger l'air d'harmonica. De ce rapprochement, on tirera une émotion, une réflexion, ce qu'on voudra : les Taviani ne font aucun commentaire, n'imposent aucune lecture. Ils préfèrent s'en remettre au pouvoir de la mise en scène : ouvrir sans cesse des perspectives, des pistes que chacun est libre de suivre.

La pièce qu'ils ont choisie, le Jules César de Shakespeare, est évidemment chargée de sens : la faute, la responsabilité, le châtiment... Mais, de la « fiction » historique à la réalité de la prison, les correspondances n'ont rien de sentencieux. La durée même du film, étonnamment court, reflète un souci constant de mesure. Plutôt qu'humanistes didactiques, les Taviani se font humbles témoins d'un mystère : des condamnés jouent, toujours enfermés et pourtant portés vers une autre dimension. Celle de l'art, celle de l'imagination. Qu'est-ce qui est en question, finalement, dans cette expérience du jeu ? La foi. En un rôle, en un texte, en soi. En quelque chose. Le film en fait simplement le constat. Avec beaucoup de force.