Bilan de l'utilisation des Tice par les élèves en autonomie

 Des exercices interactifs auto-corriges sur papier ou en ligne (exerciseurs) sont utilisés par des professeurs pour vérifier des savoir faire ou des connaissances précises des élèves ou pour faire découvrir des informations (Apprendre avec l’insee). Cinq groupes académiques ont testé cette année la pratique de ces exercices hors de la présence du professeur, ils se sont aperçus que les exercices conçus pour être faits en classe sous le regard et avec l’aide du professeur n’étaient pas rédigés assez clairement et surtout que les indications de correction étaient insuffisantes pour être comprises par des élèves isolés.

Pendant la prochaine année scolaire il pourrait être intéressant de :

  • reformuler des exercices sur quelques thèmes pour permettre à des élèves de les faire en autonomie afin de publier des exemples et des recommandations sur l’écriture de ces exercices,
  • rassembler sur 1 ou 2 thèmes plusieurs exercices pour proposer des parcours différents selon le niveau des élèves,
  • proposer des exerciseurs en complément d’autres outils tels que les forums en ligne et le partage de documents en ligne pour développer des compétences plus complexes des élèves telles que l’argumentation et la synthèse.
 

1 Le travail scolaire avec les TICE : beaucoup d’exercices interactifs, quelques travaux coopératifs

 

Le travail scolaire habituel, demandé aux élèves à la maison, est la lecture de textes ou de statistiques et la réponse à des questions sur ces documents pour préparer ou pour vérifier l’acquisition de connaissances. A cela s’ajoute la révision de connaissances en vue d’une évaluation en classe et l’élaboration de synthèses ou de plans de dissertations.

5 groupes académiques ont demandé aux élèves de faire des exercices interactifs corrigés (QCM, textes lacunaires à compléter, déplacement d’étiquettes) pour réviser ou pour vérifier l’acquisition de connaissances (définitions, calculs statistiques) avec des questions fermées, plus rarement pour découvrir des connaissances. Les enseignants ont donc demandé à leurs élèves de faire en autonomie des exercices publiés sur les sites d’autres académies  et sur « apprendre avec l’insee », exercices qui habituellement sont utilisés en TD. Ils ont aussi créé de nouveaux exercices interactifs en fonction de leurs besoins

Les professeurs qui participent aux groupes TRAAM ont rédigé des comptes rendus de ces expérimentations. Ces tests (actuellement au nombre de 61) montrent que des exercices qui paraissaient de bonne qualité pour des TD ne sont pas toujours exécutables par des élèves seuls : des consignes peu claires, parfois une mauvaise mise en page à l’écran, et surtout des explications insuffisantes des résultats faux. Des professeurs signalent que les corrections des exercices ne permettent pas aux élèves un travail en totale autonomie, en particulier il faudrait expliquer davantage les erreurs et donner le détail des calculs.

L'intérêt des QCM est discuté: "quand les questions sont simples, le questionnaire est rapidement effectué mais des questions  trop simples  ne poussent pas l'élève à une grande réflexion, Les réponses aux QCM permettent de vérifier l’acquisition du vocabulaire mais les question fermées préparent mal aux synthèses." Au contraire, un nouvel exercice (pas encore testé) montre qu'il est  possible d'utiliser un questionnement (par QCM) pour faire comprendre un raisonnement http://lyc-hugo-53.ac-nantes.fr/html/aamtcepa/index.html

Au delà de ces tâches simples certains groupes académiques ont esquissé l’utilisation des TICE hors de la classe pour des tâches plus complexes (dissertations) avec forum, document partagé..). Il n’y pas de tests de ces exercices pour le moment.

 Bilan des diaporamas.

Le groupe de l’académie d’Orléans-Tours a proposé des exercices sous la forme de diaporamas portant sur les items du programme de seconde (année scolaire 2007-2008) et du programme de première (année scolaire 2008-2009) ; voir par exemple dans le cadre du cours sur la famille en classe de seconde : Cerner et décrire la famille (item 1 du programme).

L’objectif est de permettre aux élèves de seconde de vérifier l'acquisition des concepts, de certains mécanismes et de savoir-faire inscrits au programme après le cours (en présentiel) par une évaluation formative en dehors de la classe (CDI, borne interactive, à la maison,…).

Bilan : la facilité à obtenir la réponse immédiatement (après un clic) décourage un vrai investissement des élèves lorsque l'activité est faite chez eux. Il semblerait que l'absence de remédiation en cas d'erreur puisse expliquer ce constat (lien Paris). Il faudrait pouvoir proposer, en cas d'erreur, un élément de cours, des explications ou une activité nouvelle. Il semblerait aussi que le manque de consignes explicites pour les professeurs et les élèves sur les usages possibles de la ressource soit pénalisant.

 Bien qu'étant limité, cet outil présente des avantages en termes de simplicité permettant notamment une plus grande facilité dans la production de ressources (et dans l'utilisation de celles-ci). Aussi, ces exercices sont attractifs mais plutôt dans le cadre de la classe, avec un TNI et une trace papier.

Bilan des activités à partir d’exerciseurs (logiciels pour créer des exercices interactifs et autocorrectifs)

Le groupe de Bordeaux a créé des exercices interactifs pour des activités avant ou après le cours. L’objectif étant de faire travailler les élèves soit sur les pré-requis soit dans une logique de remédiation ou de validation des connaissances. En voici une illustration pour les notions essentielles et complémentaires d’un chapitre de terminale ES. L’élève doit trouver la ou les bonnes définitions parmi celles proposées.
http://ses.ac-bordeaux.fr/spip_ses/IMG/html/Sourcesetlimitesdelacroissance.html

Un exerciseur permet des exercices sur des activités plus « complexes » à savoir la préparation à la dissertation (une illustration sur la méthodologie de la dissertation : trouver une problématique pertinente pour des élèves de terminale ES). Sur un sujet donné, l'élève doit choisir la ou les bonnes problématiques parmi celles proposées.
http://ses.ac-bordeaux.fr/spip_ses/IMG/html/choixproblematique.html

Le site académique publie pour les professeurs  une analyse de l’utilisation de ce type de logiciels afin de mieux saisir les intérêts et les limites des exerciseurs et plus particulièrement de « hot potatoes ».
http://ses.ac-bordeaux.fr/spip_ses/IMG/pdf/LMS_evaluation_et_individualisation.pdf

 

Les activités sont jugées attractives par la grande majorité des élèves (cette remarque s’appuie notamment sur les tests réalisés auprès des élèves par les collègues de SES dans le cadre de l’AAM).

Ces activités sont plus interactives que les diaporamas (cf paragraphe précédent). Ces exercices permettent aux élèves de s’autoévaluer car leur choix est pris en compte par le logiciel et le pourcentage de bonnes réponses mesuré contrairement aux activités reposant sur un diaporama.

Ces activités permettent aussi aux élèves de se tromper sans avoir le sentiment d'être jugés (évaluation formative). L'erreur peut être ainsi dédramatisée et devient source d'apprentissage car l'élève peut reprendre plusieurs fois l'exercice en dehors de la classe donc sans le regard du professeur ou des autres élèves.

La variété des exercices (QCM, mots croisés, textes à trou) est appréciée par les élèves et par les enseignants. La grande variété des sujets proposés dans l’apprentissage de la dissertation permet de multiplier les entraînements ce qui est un gage de réussite et ce qui est difficile à faire en classe par manque de temps.

Il apparaît nécessaire de mettre à disposition des collègues le fichier source de l'exercice pour lui permettre d'en modifier le contenu selon ses besoins et de l’adapter à son contexte compte tenu de la facilité d'utilisation du logiciel « hot potatoes ».

Les logiciels exerciseurs apportent donc un plus non négligeable par rapport aux diaporamas dans des activités « simples » (liées aux savoirs et aux savoirs faire). Par contre, sur des activités plus « complexes » comme l’apprentissage de la dissertation, l’argumentation, des insuffisances apparaissent encore avec cet outil. En effet, la linéarité de l'exercice reste importante : il n'est pas possible de remédier suffisamment aux erreurs, question par question (en adaptant la suite du parcours à l'erreur) mais seulement en fin d ‘évaluation. Ces outils sont donc utiles mais insuffisants surtout pour le travail de compétences liées à la dissertation.

 

2 Perspectives de travail

 

Les exercices se présentent  souvent sous forme de parcours linéaire (diapo après diapo dans le cas d’un logiciel de PREAO ou succession de questions pour un exerciseur comme Hot Potatoes), ce qui ne permet pas de revenir sur un concept  un mécanisme et/ou un savoir faire, pour apporter un éclaircissement comme peut le faire un élève en classe en interrompant son professeur pour l’interroger en cas de non-compréhension.

Il est possible, mais assez compliqué, de le faire avec ces outils car ceux-ci n’ont pas été conçus directement pour cela : créer une navigation arborescente dans un diaporama où l’élève se déplacerait en fonction de ses besoins entre les diapos ou créer des pages web (comme sur des sites internet) avec des ressources et des exercices interactifs agencés dans un parcours d’apprentissage.

De surcroît, les activités proposées avec ces outils sont quasi-exclusivement des questions fermées (choix entre une série de réponses possibles suite à une question ou choix du terme juste dans une liste) alors que dans les apprentissages il est très souvent pertinent d’attendre de l’élève une réponse rédigée et construite par ses soins. Si les activités en ligne proposent peu (ou pas) de questions ouvertes, c’est parce que les outils ne sont pas capables de traiter ce type de réponse.

Il serait intéressant d’une part de créer simplement des parcours différenciés pour favoriser ainsi l’accompagnement de l’élève dans son apprentissage hors de la classe avec les TIC ; d’autre part de  travailler une compétence complexe comme celle de l’argumentation avec des TIC. 

1) des parcours pédagogiques différenciés pour accompagner l’élève dans ses apprentissages hors de la classe avec les TIC.

De nouveaux outils comme MOS Solo facilitent la création de formations en ligne. Deux exemples sont présentés pour mieux comprendre les changements par rapport aux outils préalablement décrits et les perspectives que cela ouvre.

Exemple 1 : Une illustration : travailler sur les outils statistiques.

Cet exemple comprend un cours et des activités. La construction conserve l'esprit linéaire (cours puis succession d’exercices de type QCM ou texte à trous) du logiciel exerciseur « Hot Potatoes » avec toutefois un choix dans un menu permettant d'incorporer un début de modularité : l’élève peut choisir de ne travailler que sur un ou quelques thèmes. Nous pouvons alors parler de parcours plutôt que d'une simple activité linéaire (plusieurs voies différentes pour faire l’activité). La variété des exercices (textes à trous, QCM, glissés-déposés, exercices d'association) reste possible mais de manière compilée, c’est-à-dire avec enchaînement automatique d’un type d’exercice à un autre.

C’est ce principe de parcours qui semble nouveau et intéressant : on peut envisager d’adapter l’exercice en créant différentes étapes selon le niveau ou l’intérêt de l’élève, favoriser une remédiation… autrement dit accompagner de façon plus individualisée l’élève dans son travail hors classe ; c’est ce qui est illustré ci-dessous.

Exemple 2 : Une illustration sur les pré-requis pour l’étude de la protection sociale en Terminale ES.

Avec ce deuxième exemple, nous pouvons voir que le parcours s'individualise. L'exercice est initialement le même pour tout le monde mais en fonction des résultats de l'élève, le contenu s'adaptera, d’où une différenciation des parcours.

La conception des exercices TIC devient alors plus complexe : il faut prévoir une navigation cohérente entre les activités en fonction des diagnostics intermédiaires réalisés et surtout il faut prévoir des activités ou des ressources de remédiation pertinentes. C’est un chantier à explorer avec production et test de parcours dans des activités hors classe suivi d’évaluations des effets sur les apprentissages. Ce peut être une orientation pour une académie mettant en place une plate forme qui permet ce type de travail qui nécessite un investissement pédagogique très important. 

2 Travailler une compétence complexe comme celle de l’argumentation avec des forums en ligne et des documents partagés ou des exerciseurs.

Argumenter est une compétence complexe : elle nécessite des connaissances disciplinaires,  des habiletés dans la mobilisation de savoir pour répondre à la question et des capacités que l’élève mobilise par lui-même (exemple : illustrer une idée à partir d’un exemple chiffré tiré d’une statistique). Comment travailler cette compétence avec des outils TIC ? Les habituelles questions fermées semblent être une limite.

Des enseignants ont demandé à leurs élèves d’utiliser un forum pour débattre, d’autres un espace partagé par quelques élèves pour préparer une synthèse ou un exposé

Exemple : Acquérir une compétence : débattre pour argumenter

A partir du forum d’un ENT (ou d’un blog) une question est posée à la classe en amont du cours « Une société égalitaire est-elle une société sans inégalités ? ». Sur une période longue de 4 semaines les élèves échangent entre eux en amenant des éléments de réponse qu’ils recherchent. Chaque élève qui intervient est lu par la classe, il cherche donc à être compris, à être convaincant et il peut être contredit. Il travaille son expression écrite, la communication asynchrone favorise le temps de la réflexion et de la recherche de ressources, le débat n’est pas linéaire (pas de directions préconçues impossible à contourner comme dans un exercice TIC classique) et, comme chaque intervention est enregistrée dans le forum, l’évaluation formative est plus aisée que dans un débat en classe.

Il faudrait tester ce type de dispositif dans différentes classes pour pouvoir recenser les conditions de réussite ou/et les freins éventuels.

 
  

Annexe 1  le travail en classe et le travail hors de la classe

 

 Les exercices peuvent intervenir à différents moments lors du processus d'apprentissage :

·         au début du processus, un exercice cours permettra de créer chez les élèves le déséquilibre cognitif parfois nécessaire aux apprentissages. Le cours intervenant par la suite servira à résoudre ce déséquilibre,

·         pendant le processus d'apprentissage, les exercices permettront de valider les étapes du processus d'acquisition des savoirs, pouvant ainsi fournir une information pertinente pour l'apprenant et pour l'enseignant,

·         enfin, en évaluation sommative, les exercices permettront de valider l'intégralité du processus d'apprentissage en permettant une remédiation individuelle aux difficultés rencontrées par l'apprenant.

Alors que des exercices courts seront proposés pour les deux premiers moments (qui se passeront en présentiel), des exercices plus complexes, des parcours, seront proposés pour le troisième (qui peut se dérouler en présentiel ou en distanciel).

 

Les travaux mutualisés dans les différentes académies ont mis en lumière le lien fort qui existe entre les exercices interactifs, l'utilisation des TNI et des ENT. Combiner un exercice interactif et un TNI permet de créer une situation pédagogique nouvelle favorisant la mise en activité des élèves dans la classe. La combinaison exercices interactifs et ENT permet aussi d'assurer un suivi des parcours effectués par les élèves. Ce suivi peut être utilisé explicitement sur l'ENT (publication des résultats) et inciter les élèves à faire les exercices pour « entrer en compétition » avec leurs pairs ou bien être utilisé implicitement par l'enseignant pour mettre en évidence les notions que les élèves maîtrisent le moins bien.