Une forme d'évaluation inédite

Des exemples précédents, on peut dégager des activités diverses et innovantes dans le processus d'évaluation-correction des travaux d'élèves. Mais de tels dispositifs comportent aussi des contraintes.

Une remédiation par phases successives

Dans le cas des fiches de lecture, l'aller-retour entre la production de l'élève et l'évaluation par le professeur autorise une décomposition de la correction/reprise du travail par l'élève en plusieurs phases successives. Par exemple, on va dans un premier temps demander à l'élève de reprendre certaines expressions maladroites, puis dans un second temps, lui demander d'approfondir son explication, de préciser tel exemple, de lui demander de contrôler la conformité de l'idée résumée avec celle de l'article originale. Le professeur a donc la possibilité d'adopter une stratégie d'évaluation qui va guider l'élève dans la remédiation, point par point et successivement. Cela permet à l'élève de mieux identifier et prendre conscience de difficultés ou maladresses à corriger. Et en sériant les problèmes, on peut penser mieux les résoudre.

Mais l'élève peut mal vivre cet aller-retour.
La succession de remarques à chaque fois différentes peut décourager l'élève, en lui laissant l'impression qu'il n'a que des difficultés à surmonter. Il convient donc d'être prudent dans le nombre d'aller-retour engagés avec l'élève.
Il faut donc équilibrer l'évaluation en tâchant de détailler autant sinon davantage les commentaires sur les aspects positifs du travail de l'élève.
Enfin, l'évaluation, plus précisément, la correction numérique, c'est-à-dire par un texte tapé au clavier, oblige le professeur à revoir son code d'abréviations et symboles et à verbaliser le plus complètement possible ses commentaires. En quelque sorte, le retour de l'élève est aussi une évaluation du commentaire émis précédemment par l'enseignant.

Un suivi précis de l'élève

Par ailleurs, une fois la production des élèves corrigée et à eux transmise, le professeur peut encore la consulter. L'espace virtuel de travail permet un accès partagé aux documents numériques. Cela peut être utile de deux manières. D'une part, le professeur peut avoir un regard plus précis du niveau et des progrès accomplis par l'élève dans le temps, ce qui par exemple rend les appréciations sur le bulletin trimestriel ou le livret scolaire plus précises et peut-être plus utiles. D'autre part, ce portfolio numérique du travail de l'élève peut permettre au professeur d'envisager un dispositif de remédiation plus personnalisé.

Ce qui est plébiscité...

Entre les exemples retenus dans cette synthèse, les résultats obtenus par les enseignants sont différents.
La reprise des notes de cours par le professeur (J. Silvano et B. Conte à Nice, C. Feytout à Bordeaux) ainsi que la réalisation des fiches de révision (D. Anselm à Pont de Beauvoisin) semblent recueillir l'adhésion assez large des élèves.
Le bilan de cette fonctionnalité est très positif. L'affichage de ce qui est dit en cours par le professeur, mais aussi par les élèves, permet d'une part de valoriser leur parole, d'autre part de rattraper facilement leur retard lorsqu'ils ont été absents ou inattentifs. Par ailleurs il a été très utilisé pendant les périodes de révisions et tout particulièrement en fin d'année (les élèves s'apercevant que certains passages de leur propre cours n'étaient pas clairs). Enfin, il aide le professeur à repérer les passages qui n'ont pas été bien compris par les élèves.
La projection sur le tableau de ce qui est tapé sur l'ordinateur par l'élève a été abandonnée, ses camarades, fascinés par l'écran, attendaient, pour prendre leurs propres notes, qu'il ait terminé d'écrire (extrait du bilan annuel 2001-2002 de J. Silvano).

...et ce qui l'est moins

Cependant la réalisation de fiches de lectures (L. Merle à Bordeaux) est beaucoup moins plébiscitée.
Les deux premiers dispositifs s'inscrivent dans l'axe principale du dispositif pédagogique régissant le fonctionnement du travail de la classe (classe réelle et classe virtuelle). La réalisation des fiches de révisions est légitimée initialement par les élèves et correspond à un intérêt bien compris de leur part en classe de terminale : optimiser les révisions en vue de l'examen final.
Le dernier dispositif, de réalisation de fiches de lecture d'article de presse, est moins au centre du travail de la classe ou de l'objectif de l'examen. Il s'agit bien d'un détour (lire autre chose que le cours et en rapporter l'essentiel dans les fiches de lecture) et même, s'il doit conduire les élèves à progresser, à s'enrichir, les gains escomptés ne sont pas perçus comme immédiatement capitalisables.
Si le dispositif n'est pas partie directe et essentielle du travail de la classe, il faut sans doute limiter le nombre d'élèves concernés, soit sur la base du volontariat, soit sur la base d'une sélection de certains élèves opérée par le professeur.

Attention aux délais

Le réalisme doit commander l'organisation séquentielle du travail de production/correction numérique dans le temps. Sinon, le professeur comme l'élève, sont débordés ou des effets pervers peuvent se produire. Pour le professeur (et sans doute pour l'élève), le travail dans un espace virtuel de travail n'est pas borné. La dématérialisation des échanges de contenus présente le risque d'une inflation des sollicitations, le risque d'être submergé, d'être envahi par des aller-retours sans fin.
Il faut donc poser des délais tenables avec des échéances intermédiaires et s'y tenir:
A la fin de la partie du cours, les élèves doivent faire une recherche de sites sur Internet et les intégrer à leur fichier. Le professeur transforme ce fichier en HTML sans apporter de modification importante et le met en ligne après qu'un devoir sur le thème ait été fait par les élèves (délais : environ un mois). Ainsi le cours en ligne est un "plus" et ne se substitue pas au cours écrit par l'élève. " extrait du bilan annuelle 2001-2002 de J. Silvano
Par exemple, dans le cas des fiches de lecture, plus de la moitié des élève enregistraient la première version de leur fiche dans la dernière semaine avant la date butoir. Le professeur ne pouvant tout évaluer instantanément, la plupart de ces élèves n'ont pu opérer d'aller-retour avec leur professeur.