Introduction Inspection Générale

Intervention des Inspecteurs généraux en charge du numérique (IGEN groupe histoire et géographie)

 Laurent Carroué

Il existe de nombreux enjeux. Nous assistons à la définition et la mise en place d’une politique nationale ambitieuse mais avec de réelles difficultés de mise en œuvre : qualités des réseaux, équipements qui peuvent être insuffisants, compatibilité entre les matériels, décalage entre le déploiement des équipements et formation initiale ou continue des équipes enseignantes, etc. Ainsi, de nombreux enseignants restent en difficulté avec les outils numériques. Dans ce contexte, l’adéquation entre la politique fixée par l’État et la question des dotations matérielles qui sont sous la responsabilité des collectivités est une question importante. Il est indispensable de réfléchir à nos stratégies nationales, académiques et locales en prenant en compte le principe de réalité. Enfin, nous devons travailler collectivement toujours plus et toujours mieux à une réflexion sur un usage raisonné et raisonnable du numérique comme levier d’évolution des pratiques didactiques et pédagogiques qui sont au cœur de notre métier.

Des enjeux de formation :

- On peut être optimiste pour la formation initiale. Les candidats des concours montrent une maîtrise des techniques de base en net progrès. Par contre, on a l’impression que dans les ESPE il ne se passe pas grand-chose. Il y là un réel chantier pour les IA-IPR et auquel il faut que les IATICE soient associés. Cette question n’a pas encore été abordée au niveau stratégique mais il va falloir qu’elle le soit.

- Pour la formation continue, les besoins demeurent considérables. On assiste aujourd’hui à beaucoup d’opérations fragmentées autour de la mise en place des nouveaux équipements. Et cela ne marche pas bien. L’exemple du TNI est frappant, avec peu d’usages réellement novateurs derrière ou des usages didactiquement insuffisants. Il est donc nécessaire de réfléchir sur les deux à trois ans qui viennent à de nouvelles modalités de formation. Le but : permettre une formation de masse (60 à 70 % des collègues ?).
Lorsque la formation continue sera sous la tutelle de l’ESPE, il faudra nouer en académie un partenariat étroit avec les IA-IPR et les formateurs de terrain.

- Il est nécessaire de se poser la question, dans la mise en place des formations, du « pourquoi le numérique ?» et quels objets numériques proposer en fonction des objectifs fixés. Le but doit être de créer des objets plus simples pour qu’ils puissent être mis en œuvre par des professeurs moins experts. Il faut par exemple valoriser la création de petits nodules qu’on puisse intégrer facilement dans une pédagogie plus traditionnelle. C’est la condition de la massification. Cela bien sûr en continuant pour les IATICE leur fonction d’exploration des outils et usages innovants.

- Il faudra gérer l’importante différenciation qui s’opère entre 80 % des collègues qui ont peu d’usages (et que la pression pour l’utilisation peut bloquer) et une nouvelle génération plus utilisatrice.

- La question fondamentale de l’impact sur les apprentissages doit être explorée. En fait nous avons une méconnaissance très large des impacts du numérique sur les processus d’apprentissage, généraux, et encore plus disciplinaires (rapport au temps et à l’espace, échelles…) 

La stratégie de l’Inspection générale d’histoire et géographie. Il existe aujourd’hui trois grands pôles de ressources :

- Le portail national Histoire-géographie et éducation civique qui date de 2012 et présente deux ans d’usage effectif. Il enregistre environ 700 000 visites par an. Il s’organise sur 4 piliers qui offrent des ressources pour : l’enseignant (Il assure une part de la formation initiale et continue pour les professeurs en proposant des ressources didactique et pédagogique) ; le fonctionnaire (ressources administratives) ; l’intellectuel (université) et des actualités sur la discipline.

- Le site de Géoconfluences  qui offre des ressources et définit les enjeux scientifiques et intellectuels en géographie avec un peu moins de 700 000 pages vues.

- Les sites académiques.

Il faut une meilleure coordination entre ces 3 leviers. Il faut aller vers des économies d’énergie (de mise en œuvre technique et matérielle) pour dégager du temps pour la réflexion (intellectuelle et didactique) et donc être capable de mettre en lien et en interaction les différents pôles. Il faut plus de liens des sites académiques vers le portail national. Par exemple, après les attentats de janvier 2015, il y a eu une mise en ligne de ressources sur les évènements, mais pas très bien relayée sur les sites académiques (même si l’information a pu passer par d’autres canaux). Il faudrait trouver un système technique et organisationnel pour repérer les productions académiques à valeur nationales et pouvoir les indexer afin de les valoriser sur le portail national (dossiers didactiques, pédagogiques ou scientifiques de qualité, grandes expositions en région à vocation nationale, présentation de produits numériques de qualité…).

Au total, il nous faut collectivement développer une réflexion plus stratégique sur l’ensemble de ces points. Dans un mois, se tiendra à Paris un séminaire national avec les IA-IPR et IEN sur le numérique en histoire-géographie. Cette question sera abordée.

Jérôme Grondeux

L’enjeu fort est  de déborder le milieu des passionnés qui suivent les innovations permanentes. Pour massifier il faut lier le numérique à des activités existantes mais avec une plus-value. Par exemple utiliser les ressources numériques comme une aide aux activités de mémorisations.

Un autre enjeu est de dépasser la résistance des professeurs qui peuvent se sentir agressés par la demande d’innovation et de changement des pratiques. Il y a un gros enjeu de communication pour convaincre les enseignants que le numérique est un facilitateur de vie professionnelle.