Interventions des IGEN Histoire-géographie et EVS

Ouverture : Intervention de Elisabeth Carrara, IGEN-EVS et Françoise Janier-Dubry, IGEN d'Histoire-géographie-EMC

Les inspectrices générales saluent le travail d’équipe entre les experts d’histoire-géographie-EMC et de documentation : si ce séminaire commun a été rendu possible c’est grâce à  leur volonté d’impulser une démarche de coopération entre professeurs en s’appuyant sur les possibles que nous offre le numérique.

Cette volonté répond à l’objectif de faire du travail en équipe une des composantes clés de la professionnalité des enseignants (Référentiel de compétences - 2013), ce qui apparaît comme une nécessité pour être en phase avec l’évolution :

  • des dispositifs d’enseignement et d’accompagnement des élèves (exemple le plus récent :   Parcoursup),
  • des modalités d’accès au savoir,
  • des réalités d’une société ou la dimension collaborative est de plus en plus valorisée (ex entreprises ou réseaux sociaux).


Le choix des entrées choisies « EMI et EMC » pour entrer dans la réflexion sur ce travail coopératif

Ce sont Une éducation et un enseignement étroitement liés au sein du parcours citoyen et indissociables dans leurs finalités.

Ce choix n’est pas anodin : d’abord parce que cette éducation est une  nécessité ; on sait que si les élèves sont souvent à l’aise dans la maîtrise de manipulation technique des outils numériques, leur maîtrise intellectuelle est incertaine et inégale ; il appartient à  l’école de s’emparer de cette éducation si l’on veut écarter le risque d’une fracture cognitive.


Un travail concerté qui n’est pas nouveau mais prend une forme particulière avec EMC et EMI

Ce travail concerté entre professeurs documentalistes et professeurs d’histoire- géographie que le séminaire veut contribuer à renforcer s’inscrit dans des habitudes bien installées :

  • Il paraît aller de soi notamment au regard de la place du travail sur document qui est au cœur de l’enseignement en Histoire-Géographie-EMC et du rôle du professeur documentaliste dans l’acquisition d’une culture et de la maîtrise de l’information par tous les élèves (BO du 28-3-2017, mission du professeur documentaliste).
  • Il est favorisé par un ensemble de dispositifs qui induisent ce travail concerté : TPE, EPI.
  • Mais ce travail concerté avec l’EMI et de l’EMC prend une autre dimension :
    • En raison du  caractère transversal de ces enseignements.
    • Parce que professeurs documentalistes et professeurs d’Histoire-géographie-Enseignement Moral et Civique sont spécifiquement impliqués par les textes dans ces enseignements : le professeur documentaliste est  « maître d'œuvre de l'acquisition par les élèves d'une culture de l'information et des médias » ; les professeurs Histoire-géographie-EMC (spécifiquement porteurs de cet enseignement au collège et en lycée pro)

Professeurs documentalistes et professeurs d’histoire-géographie se rejoignent dans la mission de développer chez les élèves la compétence « s’informer dans le monde du numérique », mais pour que cela se concrétise, prenne pleinement sens pour les élèves et leur permette construire cette compétence, des temps de réflexion collective comme celui qu’offre ce séminaire sont indispensables et l’objectif de cette journée est bien de dégager des pistes pour ce travail concerté.

Clôture de la journée : Elisabeth Carrara et Françoise Janier-Dubry

1. S’informer dans la société du numérique : quelle éducation pour nos élèves ?

L’objectif du parcours citoyen est d’aider les élèves, citoyens en devenir, à prendre conscience de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs responsabilités.

La thématique de cette journée de réflexion commune est l’un des enjeux de cette éducation qui doit leur permettre de devenir des citoyens actifs et éclairés et accompagner les élèves à devenir un « honnête homme ».

  • Pourquoi un EMC et une EMI ?

Réunies au sein du parcours citoyen ces deux dimensions sont par nature étroitement liées : le citoyen d’aujourd’hui ne peut exister sans une éducation aux médias et à l’information.

Dans le cadre de la formation citoyenne, cette préoccupation, d’éduquer les élèves à l’information et aux médias, n’est pas nouvelle et n’est pas propre à la France.

L’UNESCO dès 1978 (EAM) puis en 2012 avec la convention de Moscou (Conférence internationale « La maîtrise de l'information et des médias pour les sociétés du savoir ») soulignait le caractère indispensable de la construction de compétences nouvelles dans une société de l’information qui ne doit pas laisser les futurs citoyens dépourvus face aux médias qu’ils utilisent tous les jours.

En France, une formalisation progressive des engagements de l’école :

La formalisation et l’inscription dans les textes de cette volonté d’éduquer les futurs citoyens aux médias et à l’information sont souvent associées à la réaction aux attentats de 2015. C’est en effet le « parcours citoyen » qui précise les objectifs, donne cohérence et visibilité à un ensemble d’actions et dispositifs mis en œuvre à l’école pour faire que nos élèves deviennent ces citoyens éclairés.  C’est aussi le « parcours citoyen » qui engage l’ensemble de la communauté éducative dans cette formation. Et l’EMI est une des composantes de ce « parcours citoyen » aux cotés de l’EMC, des projets citoyens construits au sein des EPLE…

Pour autant, l’engagement de l’école dans la formation citoyenne des élèves est bien antérieure, elle était déjà constitutive de l’école de la troisième République dans sa volonté de créer une unité nationale.

La prise en compte des bouleversements introduits par le numérique et des exigences en matière de formation citoyenne auxquelles ils confrontent l’école ne sont pas nouveaux. Les actions du CLEMI, les actions destinées à promouvoir un usage raisonné des TIC, au niveau national comme au niveau académique, accompagnent le déploiement des usages du numérique.

La loi de refondation de 2013 introduit aussi ces deux dimensions dans les objectifs que la nation fixe à l’École, en inscrivant le concept d’éducation aux médias et à l’information qui devient un axe fort de tous les programmes.

Pourquoi une telle préoccupation ?

  • Parce que le numérique  a tout changé :

Dans la société : multiplication des supports, accès à de nouveaux médias et à l’information, circulation de l’information, nature de l’information, sources de l’information

Pour l’école  nécessité de : s’adapter aux pratiques sociales ; de revoir ce que l’école doit apprendre aux élèves en matière d’information - apprendre à trouver l’information et non plus apprendre seulement à chercher ; apprendre à distinguer médias d’information et médias d’expression - ; d’intégrer cette dimension dans la formation des élèves – futurs étudiants et futurs actifs – et du futur citoyen.

L’exemple de l’HG-EMC illustre ces changements fondamentaux introduits par le numérique :

Les professeurs d’histoire-géographie savent que l’analyse de la source est au cœur de l’écriture et l’enseignement de l’histoire. Sur le plan épistémologique, la source est l’objet de toutes les attentions de la part de l’historien. Le document (document-source) est au cœur de l’écriture de l’histoire. L’historien recherche des sources qu’il inventorie dans la présentation de son travail puisqu’il analyse, questionne.  En géographie, la rigueur est également de mise : ainsi, la carte est attentivement observée, du choix de la projection retenue à la discrétisation des figurés.

Les professeurs et les élèves travaillent eux sur des documents plus larges que les seules sources de l’historien ou du géographe : il peut y avoir des textes de spécialistes qui offrent des analyses et des interprétations, ou encore des reconstitutions… Ces documents sont déjà sélectionnés lorsqu’ils sont dans des manuels scolaires. En revanche, sur Internet, l’accès à la toile multiplie le nombre de sources et de documents possibles et impose un travail de sélection. Tout document n’est pas pertinent. Dès lors, apprendre aux élèves à sélectionner l’information, à évaluer la pertinence de la source et son contenu, donc inciter les élèves à adopter un regard critique et les outiller pour qu’ils soient en mesure d’exercer cet esprit critique font partie des fondamentaux de la discipline histoire et également de la discipline géographie.

Recherche, sélection et confrontation de documents et d’informations.

  • Un défi pour l’école : comment faire pour que les compétences auxquelles nous formons les élèves, ce regard critique en particulier, soient transférables sur les pratiques individuelles des élèves ? (Claire Joubaire –IFE – janvier 2017)

2. Place des professeurs documentalistes et des professeurs d’histoire géo-EMC dans cette éducation

Toutes les disciplines et spécialités  participent à cette éducation :

  • Inscription de leurs objectifs dans les domaines du socle - domaines 2 et 3 plus particulièrement mais pas seulement ;
  • Dans le référentiel de compétences des professeurs et personnels d’éducation – compétences 1, 6 et 9.
  • Dans les programmes parus en novembre 2015 et applicables à la rentrée scolaire 2016, du cycle 2 et du cycle 3, on compte ainsi 25 mentions de l’expression « esprit critique » sur les 384 pages des programmes toutes disciplines confondues.  Au cycle 4, cycle des approfondissements, ce sont près de 20 occurrences que l’on retrouve en éducation musicale, en français, en sciences de la vie et de la terre, en enseignement moral et civique…

La question se pose donc pour les professeurs documentalistes et les professeurs d’histoire-géographie et EMC comme pour les autres, mais elle se pose plus que pour les autres, du fait de ce qui est inscrit :


Dans les missions - exemple des missions spécifiques des professeurs documentaliste :

  • Place particulière du professeur documentaliste dans la formation des élèves mais aussi dans l’impulsion qui peut être donnée au travail de l’ensemble de l’équipe éducative (dont connaître différents systèmes d’information et les utiliser)

Place particulière du professeur d’Histoire-géographie-EMC qui apparait aussi dans les programmes :

  • Rôle spécifique dans la mise en œuvre de l’EMC notamment au collège, les épreuves du DNB étant des épreuves d’Histoire-géographie-EMC. On invite d’ailleurs à établir autant que possible des liens entre histoire, géographie et EMC.
  • Place du document et de l’apprentissage la recherche documentaire dans l’enseignement de l’HGEMC. (dont connaître différents systèmes d’information et les utiliser, trouver, sélectionner et exploiter des informations et exercer son esprit critique)

 

Conclusion :

Professeurs documentalistes – professeurs d’histoire-géographie-EMC : Comment travailler ensemble sur l’EMI et l’EMC ?

Les ateliers ont permis de dresser quelques pistes, à l’image de cette journée commune ils ont montré qu’un travail conjoint est possible mais surtout qu’il est indispensable.

A la question qui constituait le thème de travail de cette journée : comment contribuer ensemble à amener nos élèves à devenir des citoyens éclairés dans une société du numérique ?, le séminaire a permis de réfléchir à des pistes possibles pour les aider à construire leur capacité à s’informer (trouver, trier, évaluer l’information). Des projets ont été présentés qui s’inscrivent dans ces objectifs.

C'est une perspective pour de futurs échanges entre professeurs documentalistes et professeurs de discipline, le travail sur la  capacité à s’informer, produire des ressources, les diffuser. Cette dimension est déjà présente dans les TPE ou lors de la préparation de l’oral du DNB ou du BAC par exemple. Cette dimension demeure cruciale au regard des enjeux sociétaux - questions récurrentes liées au harcèlement par exemple - mais aussi des enjeux pour la scolarité et en termes de formation de futurs étudiants et d’actifs.

Elisabeth Carrara, Françoise Janier-Dubry

Inspectrices générales de l’Education nationale.