Lycée Saint Sigisbert

Qui aime se voir jeter au visage une vérité dérangeante ? En théorie, personne, et surtout pas moi. Cependant, The Square, film de Ruben Ostlund sorti en octobre 2017, nous pousse à apprécier être rappelé à l’ordre. Oui, cela paraît impossible, et pourtant Ostlund l’a fait. Tout dans ce film, ou presque, m’a paru antipathique. D’abord, l’intrigue, ensuite les personnages, en passant par la musique, aucun de ces éléments n’a été marquant de façon positive. Et c’est cela, le plus surprenant. Ce film m’a plu justement parce que je ne l’ai pas aimé. En d’autres termes, il me fascine.

Faire le synopsis de ce film est compliqué, parce qu’il frustre toutes les attentes du spectateur. Grâce à une bande annonce totalement maîtrisée et à la palme d’or du festival de Cannes, je m’attendais à une réflexion sur l’art, qui n’a été qu’un prétexte pour étudier la condition humaine, et à un film impressionnant. Cela l’a été, mais pas comme je l’aurais cru. Alors ne prenez pas ce bref résumé comme une garantie de ce que vous verrez, vous seriez décontenancés. Christian, archétype du quadragénaire cool, est conservateur d’un musée d’art contemporain à Stockholm. Le film débute lorsqu’une nouvelle œuvre va s’ajouter à son panel, « The Square ». C’est un carré, tout simplement, accompagné d’une plaque affirmant : « Le carré est un sanctuaire de confiance et de bienveillance, en son sein nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs ». C’est cette leçon de vie que le protagoniste croit suivre tout au long du film, mais qui s’effondre dès qu’il fait face à la réalité. Ainsi, le film est en quelque sorte une succession de saynètes où Christian fait face à la réalité de la condition humaine, notamment lorsqu’il tente de retrouver son téléphone volé ou lorsqu’il dirige la campagne promotionnelle du carré.

Une des premières raisons pour lesquelles je me suis sentie perdue est justement cet enchaînement de scènes décousues et assez longues. Le spectateur ne sait pas où il va ni pourquoi, et la plupart des scènes mettent très mal à l’aise, d’autant plus que la caméra reste souvent fixée sur Christian, même lorsque qu’un autre personnage parle. Nous avons ainsi accès à ses réactions, que Claes Bang interprète magnifiquement bien. Cette perdition est finalement devenue un sentiment positif après réflexion : ce film est quelque chose de nouveau, de particulier. Je n’avais jamais rien vu qui puisse être comparé à The Square, et c’est probablement pourquoi j’ai été déstabilisée.

En quelque sorte, ce film évoque les cinq sens, ce qui peut paraître impossible une fois encore. Evidemment, la vue et l’ouïe sont les sens que le cinéma exploite le plus, The Square compris, même s'il va plus loin encore. La mise en scène m’a parue plutôt réussie, ou en tout cas bien pensée. La caméra se concentre la plupart du temps sur le visage de Christian, ce qui n’est pas vraiment agréable à regarder, et le

cadrage nous rappelle constamment un carré, The Square, par exemple dans la cage d’escalier que Christian descendra pendant la quasi-totalité du film mais finira par monter, esquissant un premier geste humain. Quant à la musique, elle est régulièrement présente à différents moments dans le film, ce qui a sûrement une certaine signification qui ne m’a pas parue très accessible. En elle-même, la musique ne semble pas avoir de paroles, et elle est assez inquiétante. Encore une fois, c'est inouï...

L’odorat est lui aussi abordé puisque qu’il constitue l’instinct animal. En effet, lorsque l’homme – singe fait son apparition dans la salle de réception, il sent constamment son environnement et flaire les invités attablés. Cette scène plutôt inquiétante qui s’étire en longueur jusqu’à rendre le spectateur mal à l’aise, est assemblée autour du thème principal du film : la critique des hommes persuadés de maîtriser leur monde, alors qu’ils ne sont parfois pas meilleurs que les animaux. Ostlund nous montre que nous sommes contrôlés par notre instinct, blessant les autres si besoin. Et il n’a pas complètement tort...

Je peux en quelque sorte parler de goût puisque, dès la fin de la projection, un goût amer m’est resté en bouche. Ostlund venait de déclarer que l’homme est égoïste, hypocrite, et nous pouvons tous rencontrer certaines situations évoquées dans le film, comme lorsqu’une jeune femme hurle de détresse au milieu d’une rue passante et que personne ne se soucie d’elle. Alors, ça fait mal... Ce qui pousse le spectateur à se demander : qu’aurais-je fait à sa place ? De plus, nous sentons au plus profond de nous que tout est vu d’une manière pessimiste mais vraie, ce qui accentue le sentiment de culpabilité. Quant au toucher, ce sont les sentiments du spectateur qui sont atteints. Nous recevons une vraie claque au visionnage de ce film, et une autre encore une fois qu’il est terminé.

En résumé, ce film est nécessaire au progrès du comportement humain. Il faut aller le voir, c’est important. Important, non seulement parce que le film est agréable à regarder, mais aussi parce que les vérités énoncées sont dérangeantes et doivent être exprimées. Oui, ce film bouleverse beaucoup et utilise l’ancien pour faire du nouveau, à l’image de la statue équestre retirée pour laisser place au fameux carré. Finalement, je me suis sentie touchée et concernée, j’ai même trouvé exaltant d’être pris en faute, et j’espère que je pourrai changer les choses pour le meilleur, passant d’une vision du monde ancienne à une réalité nouvelle. Même si The Square semble destiné à des spectateurs aguerris pour une bonne compréhension, nous pouvons tous saisir le message qu’Ostlund nous adresse. Ce film est une réelle leçon qu’il faut absolument méditer et dont il faut discuter après, permettant ainsi d’échanger des

idées et des points de vue différents. Car le plus important, c’est d’utiliser la parole plutôt que la violence pour résoudre un problème, et non agir comme un animal.

Article de Juliette Brenot , 1ère L

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Petit Paysan

Des vaches. Dès la scène d'exposition, ces étonnantes mais attachantes créatures sont présentes. L'écran est presque intégralement noir et blanc, les amies de Pierre lui tiennent compagnie à l'intérieur même de son lieu de vie quotidien. Mais il rêve... Elles envahissent son esprit, ainsi que celui du spectateur. En effet, dans ce drame du réalisateur Hubert Charuel sorti le 30 août 2017, le milieu bovin est plus qu’omniprésent : il est au cœur même de l’intrigue. Pierre, le protagoniste, est un jeune agriculteur qui préfère de loin la compagnie de ses vaches à celle des autres humains. A l’aise dans son milieu, il évolue presque seul dans sa ferme et prend soin de celles qui constituent son horizon. Mais, en apprenant l’existence de la LHD, maladie mortelle dont ses bêtes pourraient être atteintes, il panique. Car la contagion exige l’exécution sommaire de tout le troupeau... causant ruine et désespoir. Sa sœur, vétérinaire, tente de le rassurer, mais rien n’y fait. Est-il victime d’un phénomène de paranoïa ou bien est-ce la réalité ? La réponse est vite donnée lors des premières minutes du film : l’une de ses vaches est bel et bien malade, et son éleveur va tout mettre en œuvre pour cacher la vérité aux autorités, quitté à tout perdre.

Petit Paysan est un titre périphrastique qui désigne Pierre. Cependant, plutôt que de simplement le nommer, il est désigné par sa fonction, son métier. Nous comprenons tout au long du film qu’il est défini par son amour des vaches et y attache une grande importance. « Petit » pourrait paraître péjoratif, mais c'est tout le contraire ! Nous sommes entraînés dans un film qui sera presque un huis – clos, où la caméra suit littéralement Swann Arlaud, interprète de Pierre, à l’aide de plans « nuque ». Nous comprenons ainsi, rien que par le titre, qu’il sera question d’un homme qui vit son métier, sans grandes ambitions, et qui lui est tout entier dévoué, peu importe les difficultés.

Quant à nous, heureux spectateurs de ce « petit » chef d’œuvre plutôt inhabituel, nous sommes immédiatement inclus dans le récit. Nous suivons Pierre dans son quotidien, son angoisse, sa colère, nous ressentons chaque événement au plus profond de nous, devenant agriculteurs, nous sommes Pierre. Toutefois, nous ne l’observons pas, ce qui contredit quelque peu le terme de « spectateur », mais nous le comprenons, nous sommes présents dans le film. N’est-ce pas le phénomène d’empathie qui permet à une œuvre de transmettre des idées, un signal d’alerte, ou tout simplement une réalité peu connue ? Ainsi, Charuel a inclus dans Petit Paysan quelqu’un de la ville, extérieur au milieu de l’agriculture, un acteur insoupçonné : nous. Il est si facile de se prendre d’amitié pour quelqu’un en apparence simple, d’autant plus attachant que Swann Arlaud est doué : il ne joue pas Pierre, il est Pierre.

L’atmosphère générale du film est cependant assez pesante et pessimiste. Lorsque le générique défile et que nous sortons du cinéma, une sensation de lourdeur et de tristesse nous reste, nous ne voyons plus le milieu agricole de la même façon. Il est parfois oppressant et souvent épuisant, mais Hubert Charuel réussit à nous transmettre son amour des vaches à travers le personnage de Pierre. Ce sont tous ces sentiments qui déferlent inévitablement chez le spectateur qui font la force du film : c’est en éprouvant, en faisant l’expérience d’une situation que l’on progresse, que l’on s’améliore. Pour venir en aide, il faut d’abord comprendre ! Mais ce ne sont pas seulement ces sentiments qui font que Petit Paysan est très apprécié...

Le film en lui-même est très dynamique, nous entraînant très rapidement dans le quotidien répétitif et épuisant de Pierre et son réveil qui sonne chaque matin à la même heure. Peu à peu, l’angoisse nous gagne et l’on se surprend à retenir notre souffle. En effet, Charuel marie à merveille un humour franc et un suspense croissant digne d’un thriller. La tension générée par les sons omniprésents de la salle de traite nous obsède tout autant que Pierre, qui s’enfonce peu à peu dans la folie et la crainte de perdre celles qui lui sont chères : ses vaches. Les émotions du spectateur sont une fois encore sollicitées, et nous nous retrouvons à hésiter entre angoisse et rire, relâchant la pression à certains moments, pour mieux retomber dans le cercle vicieux qu’est la situation de Pierre.

Le charme de Petit Paysan est tout autant dû à son authenticité. De l’amour simple que l’éleveur porte à son troupeau aux éléments de scénario plus vrais que nature, en passant par la vie du réalisateur, tout respire le vrai. Ainsi, nous ne pouvons qu’aimer le veau que Pierre garde soigneusement à l’abri de la maladie comme un père le ferait pour son enfant, et de ce fait être confiants. En effet, nous avons conscience que le réalisateur ne ment pas et ne dépeint que la réalité. Et pour cause ! Charuel tourne dans la ferme familiale et est lui-même fils de paysans. Son inspiration lui vient probablement de ses parents, aimant leurs vaches au même titre que leurs enfants ! Cette histoire d’amour universelle nous conquiert forcément : quoi de plus beau qu’un homme qui aime son métier et se donne tout entier à lui ?

En résumé, Petit Paysan est un film bouleversant qu’il faut absolument aller voir, non seulement pour la beauté de sa mise en scène authentique mais aussi pour son originalité. C’est une véritable prise de conscience que de voir un jeune agriculteur être détruit moralement par la maladie qui atteint ses bêtes : c’est un milieu impitoyable auquel nous ne portons plus assez d’attention, et Charuel nous rappelle à l'ordre. Derrière notre société de consommation, il y a des agriculteurs qui travaillent, certains comme Pierre pensant même au suicide. Ainsi, nous sortons de la salle l’esprit

rempli d’images nouvelles pour la plupart d’entre nous, étrangers au milieu agricole, et une envie irrépressible de faire changer les choses. Je me souviens aussi avoir eu envie de partager ce film avec mes proches, de retirer ces œillères que nous portons tous. C’est ce que je fais ici, à plus grande échelle. Allez voir ce film, faites preuve de bonne volonté. Le temps de se voiler la face est terminé, il faut maintenant venir en aide à ceux qu’on oublie mais sans lesquels on ne pourrait pas continuer : les agriculteurs.

Petit Paysan

         Certes le sujet n’est pas commun, mais sa singularité dans le monde cinématographique attire… et nous ne sommes pas déçus, nous sommes même impressionnés ! Même si le spectateur n’est pas familier avec le thème de la vie à la campagne et de l’élevage en général, il se retrouve absorbé et a une profonde empathie pour Pierre, personnage brillement interprété par Swann Arlaud. Par ailleurs, étudions-le : il vit toujours chez ses parents, il est célibataire car il consacre tout son temps à son métier. Il a des amis, mais il les délaisse car selon lui, son travail est plus important. On a ici le portrait d’un homme travailleur, forcené, et passionné. Il aime son travail et ses vaches, ce qui donne une image belle et positive du métier.

         Dans le film, la séquence qui m’a le plus marqué est celle où Pierre va au bowling avec ses amis. Dans cette scène, le protagoniste et ses amis se rendent au bowling pour se détendre, Pierre, réticent au début, finis par bien s’amuser avec ses amis, malheureusement il sera vite rattrapé par la réalité. De plus, l’ambiance bleue du bowling contraste nettement avec tout ce que l’on a vu précédemment dans le film, des ambiances au contraire plutôt chaudes, on constate bien que Pierre n’est pas dans son élément dans cet endroit de divertissement. Cette scène souligne bien la tendance de Pierre à « trop » travailler, et à ne pas profiter de la vie ainsi que de ses amis. Il n’est pas le seul dans ce cas, c’est sûrement ce que le réalisateur voulait souligner par ce passage et pourquoi il m’a marqué.

         Dans sa globalité, le film est très réussi. On ressent très vite toute l’ampleur dramatique du film grâce à l’Épée de Damoclès qui pèse sur les personnages, mais aussi grâce au jeu d’acteur de qualité, de plus les jeux de lumières permettent à chaque lieu et chaque scène d’avoir une ambiance qui renforce le sentiment dramatique. La musique elle aussi renforce le propos dans les scènes, ses sons très modernes en décalage avec le milieu campagnard étant appréciables. Le réalisateur avec son film met en lumière sa ferme familiale, il y a grandi et connait bien le milieu, on s’en rend bien compte. Contrairement à la plupart des films se déroulant à la campagne, Petit Paysan ne comporte pas d’innombrables plans sur des champs ou sur des animaux, au contraire, le film est tourné de façon juste, le décor sert le propos et n’est pas une fin en soi. Hubert Charuel a filmé Petit Paysan tel qu’il est, un thriller psychologique époustouflant.

Fanny Bocquet

1ères L

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